Anxiété, vertige, indigestion : ce que vous risquiez en lisant un livre au XVIIe siècle

Antoine Oury - 22.08.2019

Edition - Société - lecture maladies - lecture bienfaits - lecture dangers


Si les bienfaits de la lecture font aujourd'hui l'objet d'un consensus à peu près universel, il n'en a pas toujours été ainsi : longtemps réservée à ceux qui se considéraient comme l'élite, la pratique a aussi eu ses farouches opposants, à travers l'histoire. La chercheuse américaine Leah Price, spécialisée dans l'histoire du livre, a relevé quelques-uns de ses arguments contre la lecture...

Foire du Livre de Francfort - #FBM18
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Leah Price, professeure d'anglais au sein de l'université Rutgers, dans le New Jersey, a fait du livre et de la lecture ses objets de recherche depuis plusieurs années. Elle-même lectrice passionnée, elle retrace l'histoire de l'activité, mais aussi celle de l'objet-livre. Ce qui l'a amené à cette observation pour le moins inattendue : selon les lieux et les époques, le livre a pu être très mal perçu, ainsi que ses différentes formes.

Ainsi, « l'histoire de la lecture est aussi une histoire de l'inquiétude », souligne l'auteure : au XVIIe siècle, le fait de lire un livre venait en effet expliquer toute une galerie de problèmes physiques, dont les vertiges, les gouttes ou les indigestions... Autant de phénomènes dus « à une position assise trop longue », selon le professeur en médecine Robert Burton.

Outre la fatigue des yeux, les « désordres de l'esprit » menaçaient aussi les lecteurs les plus assidus, une croyance qui a perduré et qui servait ainsi à éloigner des lectures trop « légères », jugées peu stimulantes intellectuellement. Car il ne faut pas s'y tromper, ces diagnostics dirigés contre la lecture avaient souvent pour objectif de laisser le patient dans l'ignorance, ou de contrôler son savoir.

Les œuvres de fiction se sont ainsi attiré les soupçons : on pensait qu'en excitant l'imagination, elles éloignaient d'autant plus les individus du réel, du concret et des raisonnements sains, pour les faire basculer trop facilement dans le rêve et l'inaccessible, rappelle Price dans son livre, What We Talk About When We Talk About Books (Basic Books). Tout le contraire de la fameuse catharsis, tant appuyée par le philosophe grec Aristote, quelque 2000 ans plus tôt...
 
Parfois, les éditeurs s'y mettent aussi : en pleine époque victorienne, alors que la lecture se démocratise et que le prêt d'ouvrages prend de l'ampleur en Angleterre, l'édition fait passer le mot. Se prêter des livres est « immoral » et « dégoûtant », si l'on considère les microbes que les ouvrages peuvent transporter.

Une campagne de santé publique montée de toutes pièces qui n'avait bien sûr pour objectif que de vendre des livres... Pour plus de lectures malsaines, sans doute.


via NYT


Commentaires
Il me semble que ce sont les mêmes reproches que l'on fait aujourd'hui aux jeux-vidéos - immobilisme du corps, pas assez «éducatifs», les « désordres de l'esprit » - et j'imagine que ce sont les mêmes critiques qui ont été adressées au cinéma en son temps...
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.