Appeler un chat une chatte ? Un livre pour enfants accusé d'autocensure

Clara Vincent - 15.11.2019

Edition - Société - Litterature Jeunesse - sexualité féminine - éducation livre enfants


Les livres pour enfants se doivent-ils d’être pudibonds ? Fin octobre dernier, la publication d’un ouvrage pour petites filles a suscité la polémique. En cause: le tabou qui pèse dans notre société actuelle sur la sexualité féminine. 

Ithmus - (CC BY 2.0)

Publié par Ruby Tuesday Book, l’ouvrage s’inscrit dans une série de livres illustrés pour enfants, du nom de Fred and Woody’s Fantastic World (non traduit en Français), qui consiste en l’appréhension du corps à l'usage des plus jeunes.

Le point de discorde est apparu avant même la parution des livres en libairie, le 31 octobre. Il est à l'initiative de la journaliste Rosemary Bennett, spécialisée dans les questions liées à l’éducation pour le magazine The Times.

Dans un tweet posté le 21 octobre dernier, où figurent les photos des services de presse, elle s'alarme de la différence de traitement flagrante entre les deux ouvrages, visible dès le titre.
 

Comme on peut le voir, contrairement au livre destiné aux garçons, celui destiné aux jeunes filles aurait subi les coups de l'autocensure: les parties intimes féminines étant plus encore euphémisées, au point de n'être pas nommées du tout. 
 
En réaction à ce tweet, la maison d’édition explique sur son site que cette différence est justement due au fait qu’aucun terme équivalent à celui de "willy" n’existe pour nommer le sexe féminin : 
 

« Lorsque nous avons ensuite décidé de publier également un livre pour filles, notre point de départ était qu’il n’existait aucun mot comparable à “willy” s’agissant du corps de la femme. [...] Lorsque nous avons interrogé des amis et des collègues, tous les parents de filles utilisaient un nom de “famille” différent, tandis que les garçons utilisaient généralement les mots “willy” ou “pénis”. Mandy et moi (nous sommes tous les deux au début de la cinquantaine) avions aussi le souvenir d’être invités à “se laver là” et à s’occuper de “là”.  Ainsi, comme le dit Alex, commencer par la question “Qu’est-ce qui se passe là ?” semblait être un très bon endroit pour entamer la conversation sur le corps de la femme et introduire les noms corrects de la vulve et du vagin »


Et de clouer le bec à la journaliste en l'accusant d'une lecture parcellaire :
 


Ainsi le choix de ne pas mentionner directement le sexe féminin par le biais d’un petit nom serait-il justement motivé par la volonté de soulever un tabou qui pèse sur la société. 
 

Vagin, vulve, lèvres, des mots si difficile à prononcer ?


Or, comme le suggère la directrice de la maison d'édition Melville House, Nikki Griffiths, dans un article publié sur son site, peut-être serait-il temps de tout à fait cesser un tel contournement et de nommer les choses telles qu’elles sont. 

Au fil de son argumentation, elle s'appuie notamment sur une interview publiée sur le site de Eve Appeal, un organisme de bienfaisance britannique qui finance des recherches sur les cancers gynécologiques et sensibilise le public à la sexualité féminine.  

L'entretien à été réalisé avec l’artiste photographe Laura Dodsworth. Dans le cadre de son projet "Bare Reality, Manhood and Womanhood - busting taboos, one body part at a time", celle-ci a interrogé au cours des 5 dernières années 300 femmes et hommes sur leur rapport à leur corps. Au travers de ses propos, l’auteure et photographe explique pourquoi les femmes ne devraient plus avoir honte et appelle à briser le tabou qui pèse sur la sexualité féminine. 
 

Il y a tellement d’euphémismes enfantins, comme foufoune, jardin de dame, bas avant, mors, fée, jusqu’à des diminutifs sexuels comme la chatte, à des références violentes comme une plaie à la hache, au plus grave péjoratif de la langue anglaise, la chatte. Pourquoi est-il si difficile d’appeler un vagin un vagin et une vulve une vulve ? 
Laura Dodsworth


Et Nikki Griffiths de s’interroger sur une autre ambiguïté que soulève la publication : « pourquoi un livre pour les filles et un livre pour les garçons ? Est-ce que seules les filles ont besoin de connaître les vagins… pardon, foufounes… ? » 

Avant de rendre justice à la consternation de la journaliste Rosemary Bennett en ces termes : « Les couvertures importent et sont jugées — ne soyons pas naïfs ici. Bien que ces livres visent à éduquer et à permettre aux parents de parler de leur corps ouvertement et honnêtement à leurs enfants, ce qui est bien sûr louable, l’utilisation de l’argot enfantin ne fait que perpétuer le problème. » 


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