Après deux ans, la faillite de Borders frappe encore l'édition américaine

Nicolas Gary - 09.05.2013

Edition - Librairies - Borders - Virgin - faillite


Depuis la liquidation de Borders en 2011, la situation financière des maisons ne s'est toujours pas assainie. Et même après que le deuxième acteur de la vente de livres aux Etats-Unis a fermé ses portes, il reste une source de problèmes pour les maisons et leur trésorerie, rapporte Publishers Weekly, qui pointe des créances de 241 millions $, en février 2011, pour les 20 plus importants créanciers.

 

 

Borders Books Detroit Airport

Ancienne boutique Borders, aéroport de Détroit

brewbooks (CC BY-SA 2.0)

 

 

La situation est complexe : pour Penguin Putman, 41 millions $ étaient dus, mais seuls 12 millions $ ont été versés. Hachette Book Group était créditeur de 37 millions $, mais n'a perçu un remboursement que de 4,9 millions $. Et pour Simon & Schuster, le ratio était de 33,7 millions $ contre 10,7 millions reçus. 

 

Or, entre l'annonce du dépôt de bilan, en février, et le règlement définitif de la situation, 485 millions $ ont été versés à 1786 fournisseurs. Et à l'heure actuelle, rien n'indique quel est l'impact pour les maisons, pas plus qu'on ne saura encore quels dommages cette faillite aura causés pour les maisons. Outre-Atlantique, Borders disposait de 625 boutiques, de détails, et toutes ont fermé leurs portes pour la dernière fois le 8 septembre 2011. 

 

Sur le site internet de Borders, on renvoyait alors vers Barnes & Noble pour rediriger le trafic, mais on sait bien que dans ce genre de cas de figure, une parie des clients se rabattra vers des solutions de vente en ligne. Sept médiateurs ont été affectés à cette situation, pour simplifier le processus, mais les négociations se poursuivent toujours, et certaines sociétés ont préféré se battre plutôt que de choisir la voie de la médiation. 

 

Finalement, passées deux années de procédure, personne ne peut encore dire de quoi demain sera fait pour les créanciers de Borders. Ce qui amène évidemment, en France, à considérer le cas de Virigin.

 

Borders s'éteint, mais personne ne s'éveille ?

 

Depuis janvier 2013, Virgin a annoncé son dépôt de bilan. Durant quelques jours, le redressement judiciaire a été envisagé, mais la question du repreneur était assez compliquée - sauf que les 1000 salariés ne le sentaient déjà pas bien. Or, début avril, au sortir de plusieurs semaines d'attente et de mobilisation, les offres de reprises étaient particulièrement décevantes, relevait la présidente de l'enseigne, Christine Mondollot - tandis que les syndicats évoquaient un comportement indécent de la part de l'actionnaire Lagardère. 

 

Mme Mondollot déplorait un désintérêt de la part des professionnels : « Cinq offres, dont quatre franco-françaises et une émanant d'une marque mondiale, ont été déposées. Aucune n'est issue des gens de notre profession [...] je suis très déçue. » Pour l'heure, aucune décision, bien évidemment, mais pour les 960 salariés des 26 établissements, l'heure est bien triste. 

 

« C'est catastrophique », nous expliquait alors Sylvain Alias du syndicat Culture Sud. « La seule offre intéressante, vient de Rougier & Plé, qui est une chaîne proposant des loisirs créatifs, matériel de peinture, etc. » Seul candidat global, il en avait fait disparaître le label Naïve et Patrick Zelnik, qui avait été parmi les premiers à manifester son intérêt pour la chaîne Virgin. Son offre de souk culturel avait d'ailleurs de quoi séduire, mais selon les syndicats, le tour de table n'a pas été assez profitable pour réunir les capitaux nécessaires.  

 

« Que l'actionnaire Lagardère se positionne comme créancier, à la hauteur de 6,5 millions €, alors que 800 salariés, dans le meilleur des cas, vont se retrouver au chômage, il ne faut avoir aucun respect. Tenter de regagner cet argent, dans ce contexte, c'est totalement indécent ! », ajoutait le syndicat FO. (voir notre actualitté)

 

Demander et faire les comptes

 

Le 7 mai dernier s'était d'ailleurs réuni un Comité d'Entreprise extraordinaire pour Virgin, en l'absence de la PDG Christine Mondollot et de l'administrateur Gérard Philippot, pour évoquer le projet de Plan de Sauvegarde de l'Emploi. « À l'heure actuelle, les moyens pouvant être mis en œuvre pour leurs financements et pour l'attribution d'une indemnité supra légale ne sont toujours pas connus. La direction ne pouvant pas fournir les informations nécessaires, la discussion n'a pas eu lieu », note la CGT Virgin.

 

Les solutions ne sont pas légion : une réunion en présence des actionnaires et de l'ensemble des partenaires sociaux, pour que soient présentés clairement les moyens à mettre en oeuvre chez chacun. L'autre point passerait par un audit de la trésorerie, réclamé pour déterminer les moyens financiers à disposition pour assurer la réalisation du PSE.

 

Dans un communiqué, la CGT Interforum Editis avait exprimé sa solidarité pour les salariés de Virgin, considérant que la chaîne du livre était « attaquée ». Évoquant les logiques de concentration des groupes, associées aux baisses dans la consommation, la CGT voit se réaliser ses craintes. Ainsi, « les enseignes Fnac, Virgin et Chapitre sont menacées ou ferment des magasins, mettant leurs salariés dans la précarité ou sur la paille, les libraires indépendants sont à bout de souffle, les éditeurs sont autoritairement regroupés au péril de leur indépendance, comme c'est le cas chez Editis, ou sont tenus de se restructurer, comme La Martinière ».

 

Toute la chaîne impactée

 

En outre, ces difficultés vont évidemment se répercuter sur les outils de diffusion et distribution, déplorant que les responsables ne prennent pas le temps d'anticiper les situations de demain. « Nous affirmons notre solidarité avec tous les salariés, du commerce, de l'édition, de la diffusion et de la distribution du livre », assurait ainsi la CGT. 

 

Des salariés qui chez Chapitre « se battent pour enrayer le plan de restructuration en cours », tandis que ceux de la Fnac, de Virgin et de Gibert Joseph voient leur futur se noircir. Pendant ce temps-là, le groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) se rebaptisera Kering le 18 juin 2013, mais ne changera pour autant rien à ses plans : l'introduction en Bourse de la Fnac est désormais bel et bien fixée au 20 juin prochain. Le groupe recentrera son activité sur le luxe et le sportswear, tandis que l'enseigne mettra désormais l'accent sur le e-commerce, puisque ses ventes en magasins reculent. (voir notre actualitté)

 

Alors, il est plus que temps de se tourner vers le cas Borders, et de comprendre quels risques pèsent sur le devenir du marché du livre, dans le cas d'une disparition complète de Virgin...