Après Hollywood et Amazon, Woody Allen recalé par l'édition américaine

Maxim Simonienko - 04.05.2019

Edition - International - woody allen mémoires - woody allen polémique - #metoo woody allen


Contrairement aux mémoires de Michelle Obama, celles de Woody Allen n'intéressent personne. On peut se douter que les rumeurs autour du cinéaste ne doivent pas grandement l'aider. Les célébrités comme Kate Winslet (Titanic) avouent une par une regretter d'avoir tourné dans ses films. Et puis, cerise sur le gâteau, cette affaire d'harcèlement sexuel, révélé en pleine période #MeToo par sa fille adoptive Dylan Farrow.
 
Woody Allen (Raffi Asdourian - CC BY 2.0)
 
 

Des mémoires toxiques au niveau commercial


Le New York Times a révélé, le 2 mai 2019, que Woody Allen aurait essayé discrètement de vendre le manuscrit de ses mémoires. Cette information a été confirmé sous couvert d'anonymat par les dirigeants des quatre grandes maisons d'édition siégeant aux Etats-Unis.

Un agent du réalisateur les aurait contacté afin qu'ils puissent étudier le manuscrit dans son entièreté. Certains éditeurs n'ont même pas daigné lire le travail. Les dirigeants anonymes des maisons d'édition ont affirmé qu'ils ne connaissaient pour le moment aucun autre éditeur qui ait accepté le projet. 

Selon les directeurs de publication, accepter d'éditer un tel ouvrage dans les circonstances actuelles serait « toxique ». Bien qu'Allen demeure une icône culturelle importante, les risques commerciaux liés à la publication de telles mémoires serait redoutables.
 

En 2003, les mémoires d'Allen valaient 3 millions de $


Il est fort probable que les mémoires du cinéaste se seraient vendues à des millions avant le mouvement #MeToo. La preuve en est qu'en 2003 déjà, Allen était sur le point de conclure un accord pour vendre un mémoire à Penguin Random House à hauteur de 3 millions de dollars. Cependant, Woody Allen a été trop gourmand. Dans une lettre audacieuse adressée à son agent, il aurait écrit : « pour cela, je veux beaucoup d'argent. La balle est dans votre camp ».

Malheureusement pour lui, l'apparition du célèbre hashtag allait signer le début de sa déchéancce. Sa fille adoptive, Dylan Farrow, balance une bombe : son père l'aurait molestée il y a de cela trois décennies, en 1992.  Elle a tenu ces propos dans des articles d'opinion en 2014 et 2017, puis dans une interview télévisée, en 2018, qui suscita de nouvelles vagues d'indignation contre l'auteur de Minuit à Paris. Il avait beau nier, il était déjà trop tard. Sa réputation commençait déjà sa descente aux enfers.
 

L'écrivaine Daphne Merkin, qui connaît Allen depuis longtemps, a déclaré qu'il avait évoqué son mémoire comme un projet sur lequel il travaillait depuis un certain temps. Cependant, elle n'y aurait jamais jeté de coup d'oeil, donc impossible de savoir si les mémoires traiteraient des accusations en cours. « Quelles que soient les vicissitudes auxquelles il a été exposé, je pense qu'il garde ses propres conseils sur la manière dont tout cela l’affecte ou ne l’affecte pas », a-t-elle ajouté.

John Burnham, l'agent de longue date d’Allen, a déclaré qu'il était dans l'impossibilité de parler de ces mémoires : « depuis 30 ans que je travaille avec Woody, le mantra standard est le suivant : je ne peux pas parler de son travail ».
 

L'autre coup dur : l'affaire Amazon


Période d'autant plus difficile pour Woody Allen puisqu'il doit également batailler sur le front judiciaire contre Amazon. A l'origine de la discorde, un contrat signé pour quatre films avec le cinéaste, qui reste aujourd'hui suspendu. Le réalisateur n'y est pas allé par quatre chemins : il a poursuivi la société pour au moins 68 millions de dollars.

« Personnellement, je ne prévois aucune œuvre à l'avenir », a déclaré Tim Grey, vice-président directeur et rédacteur en chef de la section des prix chez Variety. « Cependant, il est possible que l’histoire soit plus douce pour Woody Allen que ne le semble le moment présent. Hollywood adore les récits de retour : Ingrid Bergman, Charlie Chaplin et Elizabeth Taylor ont été dénoncées devant le Congrès pour leur vie privée, mais ont finalement été accueillies à bras ouverts par Hollywood et le public ».
 

Il est d'ailleurs ironique que le cinéaste voit l'édition lui fermer les portes car c'est dans ce secteur qu'il a commencé son métier d'auteur. Son premier livre, Pour en finir une bonne fois pour toute avec la culture (traduit par Michel Lebrun aux éditions Points), a été publié en 1971 par Penguin Random House.

via The New York Times.



Commentaires
Le constat est bien triste : on ne lit plus pour découvrir, ou parce qu'on aime un écrivain...Et on refuse de lire pour ce qu'est un écrivain, ou pour ce qu'a été sa vie. Du coup je viens de ressortir de ma bibliothèque à des fins de relecture : "Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture.Opus 2" de Woody Allen. Par contre, Madame Obama est-t-elle VRAIMENT un écrivain? Je me méfie toujours des parutions "les mieux vendues".
Je suis d'accord avec vous Marie. Et quand la morale se mêle d'art, de littérature, alors on aboutit à la censure. C'est lamentable, et cela s'explique aussi parce que les gens qui jugent désormais en ce monde médiatique n'ont aucune idée de ce qu'est la véritable littérature. Je me fiche de ce que Woody a pu faire dans sa vie, ce qui m'intéresse ce sont ses films!
Une histoire bien américaine, célébrité, puritanisme et business. Les éditeurs hésitent à investir plusieurs millions car ils ne sont pas sûrs de les récupérer avec les ventes, compte tenu du scandale qui entache le réalisateur.

Du côté de Woody Allen, ça fait partie de sa gestion de carrière et c'est aussi un business. Il pourrait diminuer ses prétentions financières et/ou publier son livre chez un éditeur de taille moyenne qui se ferait un plaisir de s'en occuper. Il pourrait aussi autoéditer. Il a des solutions. Mais la littérature et l'art ne sont visiblement pas sa priorité pour le moment...
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