Après Pierre Bourdieu, Eddy Bellegueule s'intéresse à Foucault

Cécile Mazin - 02.04.2014

Edition - Les maisons - Edouard Louis - Eddy Bellegueule - editions des PUF


L'actuelle jolie réussite des éditions Seuil, Édouard Louis, auteur de deux ouvrages, dont le remarqué En finir avec Eddy Belllegueule, paru cette année, et vendu à plus de 150.000 exemplaires, a été annoncé, fin mars aux éditions des PUF. Il prendra la direction d'une nouvelle collection, explique la maison, dans son programme des parutions, Des Mots. 

 

 

 Michel Foucault, painted portrait DDC_7448.jpg

Adobe of Chaos, CC BY 2.0

 

 

« Des mots se veut être une collection du mouvement. De la pensée en train de se faire, de se réaliser, de s'écrire. Cette collection sera donc consacrée à la publication de courts textes, d'ébauches, d'entretiens, de retranscriptions de conférences ou encore de réflexions collectives sur des sujets théoriques - et donc politiques.

 

Plutôt que de proposer des systèmes théoriques clos, il s'agira ici de poser des problèmes et de s'ouvrir à de nouvelles pistes de réflexion.

 

Il suffit par exemple de voir les textes de Sartre ou encore de Bourdieu publiés dans des revues, et qui constituaient les ébauches de leurs livres à venir, pour voir la force de cette pensée en construction, parfois encore fragile. Pour des raisons évidentes de structure du livre, certains problèmes posés dans les esquisses disparaissent ensuite des ouvrages.

 

Des mots aura pour ambition de donner à entendre cette fragilité intrinsèque de toute pensée critique et innovante en train d'émerger. »

 

Écrivain et sociologue, Édouard Louis avait fait paraître en 2013, aux éditions des PUF Pierre Bourdieu, L'insoumission en héritage. Dans cette nouvelle collection, le premier titre à paraître sera Foucault contre lui-même, sous la direction de François Caillat, ce 28 mai.  

Dans sa vie privée, autant que dans son œuvre ou dans son rapport à la politique, Foucault n'a cessé de rompre avec lui-même. Il quitte sa ville natale, Poitiers, très jeune, il change son patronyme et travaille dur pour intégrer l'ENS de Paris. Aussitôt entre les murs de la rue d'Ulm, il s'y sent mal et quitte la France, voyage à travers l'Europe, sans se fixer. Même quand il intègrera le Collège de France, il ne cessera de se définir contre l'institution. Dans son œuvre, il réécrit ses livres quand il les réédite, se dit « enfant de cœur du structuralisme » avant de dire qu'il n'a jamais été structuraliste, renie certains de ses livres. Il s'intéresse au marxisme puis, quelques années plus tard, au néolibéralisme et soutient des mouvements politiques (mouvements gays, maoïsme...), puis les critique, parfois très durement. Foucault, comme il l'a dit lui même, n'aura cessé de s'arracher à lui-même, de se « déprendre », de sans cesse se construire contre ce qu'il a été et ce qu'il a fait.

Ce livre montre comment la rupture est au centre du travail de Foucault et de sa vie, à travers des réflexions sur l'histoire, les mouvements homosexuels, la théorie, la domination, les institutions, l'Université, etc.

Loin de se limiter à un commentaire académique de Foucault, il repense l'héritage de Foucault afin d'élaborer de nouveaux problèmes théoriques et de nouvelles politiques de lutte contre les mécanismes de la domination.

François Caillat est réalisateur. Agrégé de philosophie, il a réalisé de nombreux documentaires et plusieurs films sur de grandes figures intellectuelles comme Le Clézio ou encore Julia Kristeva. Il a notamment réalisé Foucault contre lui-même, diffusé sur Arte en juin 2014.
Contributions de Didier Eribon, Arlette Farge, Geoffroy de Lagasnerie, Leo Bersani et George Didi Huberman.