Arabie saoudite : le poète Ashraf Fayad n'est plus condamné à mort

Antoine Oury - 03.02.2016

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Le poète palestinien Ashraf Fayad, parfois orthographié Fayadh, a reçu un soutien unanime de la communauté internationale après sa condamnation à mort en Arabie saoudite pour l'écriture d'un texte dans lequel il expliquait renoncer à toute foi. Depuis le mois de novembre 2015, l'homme attend le verdict, et il vient d'échapper à une mise à mort. Sa peine est désormais fixée à 8 années de prison et 800 coups de fouet, mais son avocat annonce un nouvel appel pour que Fayad retrouve sa liberté.

 

Ashraf Fayad

 

 

D'après le poète, les autorités religieuses le harcelaient littéralement depuis qu'il avait représenté le pays à la Biennale de Venise, en 2013, et une première arrestation en 2014 avait rapidement mené à un verdict à l'emporte-pièce : Fayad recevrait 400 coups de fouet et passerait 4 années en prison reconnu coupable d'apostasie, renonciation publique de sa foi. Après un premier appel, la sentence s'était changée en condamnation à mort.

 

L'avocat du poète a présenté ce verdict comme l'aboutissement d'un procès inéquitable : Fayad n'avait pas pu se défendre des accusations portées à son encontre. Abdulrahman al-Lahem, avocat du poète, s'est réjoui de la révision de la peine par le tribunal, qui l'a fixé à 8 années de prison et 800 coups de fouet, qui seront assénés au cours de 16 sessions. Le poète doit également renier son texte à la télévision nationale. L'avocat, qui a posté le verdict sur Twitter, a confirmé que son client souhaitait de nouveau faire appel, et qu'ils visaient cette fois une libération sous caution.

 

 

 

« Personne ne devrait être arrêté pour avoir pacifiquement exprimé ses opinions, et encore moins purger une peine de prison et recevoir des coups de fouet. La justice saoudienne doit intervenir rapidement pour lever cette sentence injuste » , a souligné Adam Coogle, spécialiste du Moyen-Orient pour Human Rights Watch. L'auteur Irvine Welsh a lui appelé gouvernements occidentaux à interrompre toutes relations avec l'Arabie saoudite, le temps que le poète soit gracié.

 

La libération du réfugié palestinien, âgé de 35 ans, est d'autant plus urgente que Fayad souffre de problèmes de santé mentale qui nécessitent un important suivi. Il est détenu depuis deux ans au sein de la prison d'Abha, au sud-ouest du royaume. L'emprisonnement et l'annonce de la condamnation à mort de Fayad ont eu des conséquences tragiques : en apprenant que son fils pourrait être décapité, le père du poète a lui-même été victime d'une attaque cardiaque fatale.

 

La mobilisation internationale se poursuit

 

Au mois de novembre 2015, le PEN International menait le front de résistance pour réclamer la libération d'Ashraf Fayad : une lettre ouverte avait été publiée à l'attention des tribunaux saoudiens, et signée par Carol Ann Duffy, Paul Muldoon, Adonis et d'autres poètes du monde entier.

 

« Nous, poètes du monde entier, sommes consternés que les autorités saoudiennes condamnent à mort le poète Palestine Ashraf Fayad, pour apostasie », expliquaient les signataires. « Ce n’est pas un crime que d’avoir une idée, aussi impopulaire soit-elle, ni un crime d’exprimer une opinion, en toute quiétude. Chaque individu a la liberté de croire ou de ne pas croire. La liberté de conscience est une liberté humaine essentielle », rappelaient-ils. Ils déploraient par ailleurs « l’absence, en Arabie Saoudite, de tolérance pour la liberté d’expression, et de la persécution continue des libres penseurs ». 

 

« Pour être honnête, je suis étonné parce que je me sentais seul ici. Je suis en bonne santé. Je tente de suivre tous les développements. Les gens devraient savoir que je ne suis pas opposé à quiconque ici : je suis un artiste et je recherche ma liberté » témoignait pour sa part Ashraf Fayad, depuis la prison.

 

Une pétition est toujours en ligne pour apporter son soutien. Elle cumule aujourd'hui 273.270 soutiens.