Arabie Saoudite : les tabous et interdits que battent les écrivains

Clément Solym - 08.06.2010

Edition - Société - arabie - saoudite - liberte


Arabie Saoudite... pas vraiment un pays tendre à l'égard des créateurs, ni le fleuron de ce que l'on évoquerait en matière de liberté d'expression ? Si vous pensez aux cinémas et aux théâtres, vous misez juste.

Mais une nouvelle génération de romanciers arrive, avec l'intention de briser les tabous, et d'oser. À peu près tout. Pourtant, la grande majorité de leurs textes sont interdits dans les librairies du pays - mais un bibliophile sachant bibliophiler sait qu'il pourra les trouver dans les territoires limitrophes...


Badriya Al-Bishr, auteure saoudienne, le constate : « Il y a une nouvelle génération qui utilise un langage simple, et direct, neuf, pour traiter de sujets qui n'ont pas été évoqués par le passé, comme les droits de la femme à tomber amoureuse ou travailler. »

Pour beaucoup, la fiction autorisée par le roman est devenue un moyen de sortir de la réalité et de lui en faire avouer plus qu'elle ne le permet. Tabous et interdits sont passés en revue, et la liberté des Européens n'est jamais très loin dans ces livres. La répression est montrée comme vieillissante dans certains livres, les femmes veulent ressembler aux hommes, en bravant les interdits liés au sexe ou à l'alcool... Tout cela sent bon la libération progressive.

Parce que l'enjeu est bien là, poursuit Badriya : « Les hommes prennent place à table et mangent le gâteau tout entier, sans se préoccuper, alors que les femmes, avidement, les regardent manger avec envie. » Une métaphore douce, bien plus que ses romans, beaucoup plus audacieux.

D'ailleurs, la plupart de ses livres sont interdits en Arabie Saoudite - les représentations de nudité, de sexe, la consommation d'alcool peuvent vous conduire directement dans les bras de la police des moeurs. Et si l'on reproche à des auteurs d'en faire trop, Bishr rétorque : « Dans la réalité, les gens en font encore plus », explique-t-elle à l'AFP.

L'expression des désordres et des contradictions qui règnent dans le pays pousse alors les jeunes à sortir leur stylo pour raconter - une activité littéraire qui participe sinon contribue au processus de réforme que vit le pays actuellement. Mais pour le moment, la seule promotion que l'on peut en espérer, c'est celle qui aura court à l'étranger...