Arabie Saoudite : un écrivain condamné à 4 ans de prison 

Julie Torterolo - 22.12.2015

Edition - International - Zuhair Kutbi - Arabie Saoudite - censure


Un écrivain saoudien, Zuhair Kutbi, 62 ans, vient d’être condamné à 4 ans de prison et 15 ans d’interdiction d’écrire. Au-delà de sa plume, on lui reproche notamment ses prises de paroles réformatrices contre le régime.

 

Zuhair Kutbi

Capture d'écran d'un discours prononcé en 2005 sur Memri TV dénonçant un enseignement de la haine des autres dans son pays.

 

Lors de l’émission Fi al Samim (« Droit au but ») le 25 juin dernier, Zuhair Kutbi avait expliqué qu’il serait souhaitable de « transformer le pays en une monarchie, constitutionnelle, et combattre la répression religieuse et politique », rapporte l’Humanité

 

C’est alors sur Twitter que la nouvelle a été annoncée : son avocat, Me Ibrahim al-Midayming a néanmoins précisé que la moitié de la peine a été suspendue. L’auteur a également été condamné à payer une amende de 100.000 riyals, soit environ 26.000 dollars, et interdit de quitter le royaume pendant cinq ans. 

 

 

Le fils de l’auteur, Jamil Kutbi a alors confirmé la nouvelle en twittant « mon père a été condamné ». Il avait déjà partagé dimanche dernier que Zuhair Kutbi devait comparaître devant un tribunal chargé des questions de « terrorisme ». 

 

 

Arrêté après son intervention télévisuelle, cela fait en effet plusieurs mois que l’écrivain était emprisonné. Mais, en réalité, cela n’a été que l’acte de trop pour l’Arabie Saoudite : ses relations avec l’auteur seraient conflictuelles depuis près de 25 ans.

 

Selon Amnesty Internationnal, Zuhair Kutbi « fait l’objet de manœuvres de harcèlement et d’intimidation, y compris des arrestations, depuis les années 1990 en raison de son militantisme pacifique. À trois reprises au moins au cours de ces 20 dernières années, il a été condamné à des peines de prison de plusieurs mois et à des amendes pour avoir prôné des réformes et critiqué les conditions de détention en Arabie saoudite. Il a également dû s’engager par écrit à ne pas évoquer des sujets publics dans la presse ou les médias audiovisuels, ou via les réseaux sociaux ». Zuhair Kutbi a également reçu en août dernier le soutien de Human Rights Watch qui avait demandé sa libération. 

 

Selon l’AFP, l’Arabie Saoudite figure en 164e position sur 180 au classement mondial 2015 de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières (RSF). Et le pays ne cesse d’abattre sa censure : le poète palestinien Ashraf Fayadh a par exemple été condamné à mort le 17 novembre dernier pour un de ses textes.