Arabie Saoudite : un poète palestinien condamné à mort

Julie Torterolo - 21.11.2015

Edition - Justice - Arabie Saoudite - condamnation à mort - poète palestinien


Le Journal d’information arabe pour les droits de l’homme (The Arabic Network for Human Rights Information) a annoncé ce jeudi 19 novembre la condamnation à mort du poète palestinien Ashraf Fayadh (ou Fayad, Fayyad). La justice saoudienne a reconnu l’auteur coupable d'apostasie et vise notamment son recueil de poèmes التعليمات بالداخل (Alta'limat Bildakhel), publié en 2008.

 

Ryiad - edward musiack, CC BY SA 2.0

 

 

Le poème concerné aurait été dans le viseur de l’association de la promotion de la vertu et la prévention contre le vice (El Amr Bil Maârouf Wa Nahye Ala El Monkar), depuis 2014. Elle lui reprochait notamment une mauvaise interprétation d’un verset. Mais le conflit juridique entre Ashraf Fayadh et l’association remonteraient à 2013 : un membre de l’organisation aurait porté plainte contre l’auteur et ses idées « blasphématoires ». 

 

Ashraf Fayadh — qui vit depuis 50 ans en Arabie saoudite et avait notamment représenté le pays à la Biennale de Venise — a alors été condamné à mort ce mardi 17 novembre. Il avait été condamné en première instance à quatre ans de prison et 800 coups de fouet par un tribunal d’Abha dans le sud-ouest du pays. Après avoir interjeté appel, le tribunal a maintenu et accentué le premier jugement. Privé de sa carte d’identité par les autorités, l'auteur n’avait d’ailleurs pas pu faire appel à un avocat lors des premières audiences.

 


 

 

 

#mostlyvisible

Une photo publiée par Ashraf Fayadh (@ashraffayadh) le


 

En ce début de semaine, la condamnation à mort d'Ashraf Fayadh a été notamment motivée par le témoignage d’un membre de l’accusation qui a affirmé l’avoir entendu maudire Dieu, le Prophète de l’Islam Mohammad et l’Arabie saoudite, rapporte Reuters. « J'ai lu les précédentes décisions de 2014 et celle du 17 novembre. Il est très clair qu’il a été condamné à mort pour "apostasie" », a précisé à Reuters, Adam Coogle, un chercheur spécialisé du Moyen-Orient, membre de l’Human Rights Watch.

 

Autrement dit, pour avoir exprimé publiquement son renoncement à la foi et la religion, quelle qu'elle puisse être. Or, le droit saoudien trouvant sa source dans la charia, les crimes religieux, comme le blasphème et l’apostasie sont passibles de la peine de mort. 

 

« Je suis sous le choc, mais c’était (le jugement) prévisible. Je n’ai cependant rien fait pour mériter la mort », a déclaré Ashraf Fayadh à The Guardian. L’auteur a désormais 30 jours pour interjeter appel, et peut compter sur le soutien des défenseurs des droits de l’Homme, priant le pays de stopper les condamnations contre les intellectuels du pays. 

 

Interview de Ashraf Fayadh, il y a deux ans :