Areva exerce une pression 'préventive' sur le livre d'Anne Lauvergeon

Clément Solym - 11.04.2012

Edition - Justice - Anne Lauvergeon - Areva - livre


Que se passe-t-il du côté de chez Plon ? La publication prochaine du livre d'Anne Lauvergeon, La femme qui résiste, s'accompagne d'une évidente polémique. En s'attaquant à l'ancienne société, Areva, spécialisée dans les métiers du nucléaire, l'auteure revient aussi sur la manière dont elle a été renvoyée de son poste de dirigeante. 

 

Et tout le monde en prend pour son grade, dans le livre, explique-t-elle dans un entretien accordé à l'Express. Évincée en juin 2011, Anne Lauvergeon règle aimablement ses comptes, en dénonçant plusieurs comportements et décisions. Ainsi, elle évoque le président de la République, qui lui avait proposé un ministère, celui de son choix, ou encore le fait que le patron d'EDF a eu « table ouverte à l'Élysée durant tout ce quinquennat ». Elle accuse également le président d'avoir « laissé s'organiser un système de clan, de bandes et de prébendes », dans le monde de l'industrie nucléaire.

 

Confidences pour confidentialités

 

Mais le Canard enchaîné en dévoile une bien bonne.? En effet, le 5 avril dernier, les avocats de la société Areva, Marion Lambert et Jean Reinhart ont fait parvenir un courrier à l'éditeur. Le propos en est courtois : « À titre purement préventif, la société Areva nous a chargés de vous aviser des engagements souscrits par Mme Lauvergeon à son égard. »

 

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Autrement dit : l'intéressée, en prenant son poste de directrice d'Areva, était tenue, et l'est toujours, à des clauses de confidentialité, à respecter scrupuleusement. Et, selon les avocats, non selon on parle de confidentialité, mais aussi de « non-dénigrement », des impératifs qu'il conviendra de faire respecter dans le livre - sinon, bien entendu, la situation se réglera devant les tribunaux. 

 

Évidemment, inutile de faire appel à des avocats dans le cas contraire.

 

Areva, contactée par ActuaLitté, nous précise quelque peu le contexte. « Ce courrier a été effectivement envoyé à l'éditeur par nos avocats à titre préventif. Pour son départ, Anne Lauvergeon a signé avec Areva un protocole transactionnel, dans le cadre du versement de ses indemnités. Parmi les clauses, elle s'engage ainsi à ne pas dénigrer la société Areva, mais également à respecter des éléments de confidentialité. »

 

Néanmoins, la chose ne sera pas si aisée que les avocats le croient. Selon Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, avocat d'Anne Lauvergeon, la lettre expédiée à l'éditeur « constitue une violation des la confidentialité stricte à laquelle se sont obligées les deux parties signataires de la transaction ». 

 

Pour le cabinet qui défend l'auteure, c'est l'évidence même : « La violation de cette confidentialité est évidente. À compter du moment où les avocats citent in extenso lesdites clauses, ils passent outre la confidentialité qui engageait bel et bien les deux parties dans les cadres de ce protocole transactionnel. On ne peut pas revendiquer d'un côté l'engagement formel de Mme Lauvergeon, qui ne doit pas dénigrer ni la société, ni ses dirigeants ni son personnel, en faire état dans un courrier adressé à un tiers, et menacer d'un procès dans le cas où ces clauses de confidentialité ne seraient pas respectées. »

 

Fuites ?

 

Qui plus est, ajoute le cabinet, cette tentative d'intimidation caractérisée est vaine contre l'éditeur. Celui-ci est tenu au droit, dans son domaine, et doit s'assurer que le texte ne contient pas de propos diffamatoires et autres. « Mais les engagements pris par Mme Lauvergeon et Areva ne concernent que les parties. » Or, le véritable problème, c'est que l'éditeur avait fait le nécessaire pour assurer, justement, un maximum de confidentialité au livre, tant pour son impression que son contenu. Et l'on s'étonnera de ce qu'Areva en ait malgré tout eu connaissance. Contacté par ActuaLitté, Plon n'a cependant pas donné suite à nos appels. 

 

Pas de réponse précise à apporter de la part d'Areva, qui aurait eu connaissance « comme tout le monde, dans la presse ». Cependant, on précise que « la lettre d'avocat se voulait elle-même confidentielle, et n'avait pas vocation à se retrouver dans la presse. Nos avocats l'ont envoyée à l'éditeur pour le tenir informé des clauses qui liaient l'auteure et la société, uniquement ».

 

Le livre doit paraître le 12 avril. Avec des promesses de promotion impressionnantes, en cas de procès...