Argentine au Salon du Livre de Paris : "Pas de considérations politiques"

Antoine Oury - 19.02.2014

Edition - International - Salon du Livre 2014 - Argentine - polémique


En attendant le 21 mars prochain, le Salon du Livre de Paris fait parler de lui au travers de polémiques, et notamment celle sur la liste des auteurs invités pour célébrer l'invité d'honneur qu'est l'Argentine. Les auteurs absents de la liste dénoncent une sélection partisane, en lien avec le parti politique de l'actuelle présidente du pays, Cristina Fernández de Kirchner.

 


Happening au Salon du Livre de Paris 2013

En 2013, les auteurs roumains avaient eux aussi fait part de leur mécontentement

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les écrivains courroucés parlent d'une « mission diplomatique » organisée pour assurer la promotion de la politique de Cristina Kirchner et de son parti justicialiste, hérité de Juan Perón. Le choix des auteurs invités pour le Salon s'est fait en deux temps : une première liste, réalisée par le Centre National du Livre et l'Institut français, comprend 30 auteurs argentins traduits en France. À celle-ci s'ajoute une seconde liste, établie par le Secrétariat à la Culture argentin, qui comprend 18 auteurs du pays.

 

Les auteurs qui ne sont pas présents sur la liste ne se gênent pas pour en critiquer la méthode de composition : « Ils ont donné des petites récompenses à leurs amis », lâche ainsi Martin Caparros (Living,  , édité en France chez Fayard et Buchet/Chastel. La jeune auteure Pola Oloixarac (Les Théories sauvages, Seuil) souligne que le gouvernement argentin s'est déjà servi « de la Biennale à Venise et de la Foire de Francfort pour la promotion des "idées officielles" »

 

Elle dénonce également la récupération de l'hommage à Julio Cortázar, écrivain farouchement anti-péroniste, pour « mettre en scène de pauvres versions de ‘l'intellectuel engagé' - cette figure très chère à la glorification idiotisée des années soixante-dix ». D'après elle, les auteurs argentins contemporains ont été volontairement oubliés des listes établies.

 

Le Secrétariat à la Culture argentin a vivement démenti ces accusations de choix partisans, soulignant que les invitations ont été choisies avec le CNL et l'Institut français. Il souligne également la présence d'Alicia Dujovne Ortiz, auteure et journaliste pour la Nacion, journal critique envers le gouvernement. Toutefois, comme le souligne BibliObs, les listes font apparaître tous les écrivains membres de « Lettre Ouverte », une association d'auteurs favorables au parti de Cristina Kirchner.

 

Contacté par ActuaLitté, le CNL nous confirme que le gouvernement argentin a bien été sollicité pour la constitution des listes. « Pour être très précis, la première liste de 30 auteurs est commune au Secrétariat d'Etat argentin, à l'Institut français et au CNL. Nous avions fixé un nombre limite de 30 auteurs, mais le gouvernement argentin a jugé que cela n'était pas suffisant pour un événement de cette ampleur. Il faut souligner que cela n'est pas tellement original, la Roumanie avait fait la même chose en 2013. »

 

Si le gouvernement a été sollicité pour la liste du CNL et de l'Institut français, c'est parce que tous trois sont coinvitants : étant donnée la participation du gouvernement argentin aux frais de déplacement, il dispose d'un droit de regard. « Le pays invité fait sa programmation », explique-t-on au CNL. À l'inverse, la liste complémentaire de 18 auteurs relève uniquement du gouvernement argentin, qui prend en charge seul les frais de déplacement de ces écrivains.

 

Pas de considérations politiques dans la constitution des listes

 

Pour constituer les listes, le CNL confie observer plusieurs critères de sélection : une certaine parité dans les genres littéraires (littérature, BD, jeunesse...), ainsi que dans le sexe des participants est ainsi appliquée, mais le critère principal reste « la traduction d'au moins une oeuvre en français ». Outre ces critères, le CNL et l'Institut français privilégient des auteurs à l'actualité récente.

 

« Nous interrogeons également les éditeurs, dès le mois de juillet, quant à leurs publications à venir d'auteurs argentins, ou sur les auteurs qu'ils souhaitent inviter à Paris », ajoute le CNL. « La liste complémentaire du gouvernement argentin ne nous pose aucun problème. Ce n'est pas toujours le gouvernement qui intervient dans sa composition, puisque l'Institut roumain avait participé à celle de l'année dernière, mais il n'y a absolument aucune considération politique dans la composition de cette liste. »

 

Aux éditions du Seuil, des responsables éditoriaux se sont pourtant émus de l'absence d'invitation pour certains de leurs auteurs, notamment Rodrigo Fresan ou Pola Oloixarac. « Ce sont des regrets d'éditeurs. Il n'était pas possible de faire venir plus de 30 auteurs, ce qui est déjà énorme comparé aux 21 auteurs roumains invités l'année dernière. »

 

Bertrand Morisset, Commissaire Général du Salon du Livre, a de son côté précisé qu'« il n'y a eu en aucune manière une pression ou des choix politiques. Et puis ces chamailleries locales ne nous concernent pas ». Le Commissaire Général avait déjà souligné que les considérations politiques n'avaient pas leur place dans l'organisation des événements culturels, à l'occasion de la polémique autour du choix de Sodastream, société israélienne en partie basée sur des territoires disputés avec la Palestine, comme sponsor du Festival d'Angoulême.

 

Selon lui, ces revendications étaient « manipulées par des intérêts politiques qui nous dépassent. Elles sont nulles et non avenues dans la tenue d'un Festival comme celui d'Angoulême ».