Argentine : les restrictions pour l'importation d'imprimés passent très mal

Clément Solym - 30.03.2012

Edition - International - Argentine - importations - livres


N'en déplaise aux défenseurs des mesures défensives adoptées par l'Argentine il y a quelques semaines (voir notre actualitté), les premiers effets de la forte retriction pour l'importation des livres imprimés à l'étranger commencent à se faire sentir. Les Argentins font savoir leur mécontentement sur les réseaux sociaux.

 

Le gouvernement argentin a donc autorisé la restriction d'importation d'ouvrages imprimés à l'étranger. La composition des imprimés est dorénavant soumise à un contrôle assidu. Ne pourront rentrer sur le territoire argentin que les seuls ouvrages contenant moins d'un certain pourcentage de plomb.

 

Le ministre du commerce intérieur Guillermo Moreno invoque des raisons de santé publique, tout à fait honorables (évacuer un risque trop élevé lié à l'exposition de la population à des quantités trop importantes de plomb), mais ses détracteurs n'en démordent pas. C'est la diversité de la lecture en Argentine qui est clairement menacée.

 

 

Le blogueur Diego Tirelli s'en prend à Cristina Kirchner. « Les livres ne sont pas des produits de consommation de masse, c'est vrai, mais ils sont un symbole de liberté. La Présidente sait-elle que les restrictions sur les livres (et par conséquent sur la culture et la connaissance) constituent une expression d'obscurantisme politique ? Aspire-t-elle à faire de cela son leg présidentiel ? Les livres apparaissent ainsi comme les nouveaux ennemis d'une longue saga présidentielle de batailles culturelles et de guerres politiques ».

 

Un hashtag #liberenloslibros s'est créé sur Twitter. Et les usagers s'en donnent à coeur joie. « Sur le terrain de l'édition, ce gouvernement est en train de laisser une impression désastreuse », ou encore « Et maintenant, ils retiennent les livres? Je ne comprendrai jamais ce qu'ils essayent de faire. Ah mais bien sûr... une population plus ignorante ».

 

Alberto Cassano, chercheur au CONICET, organe dédié à la promotion de la science et des technologies en Argentine, fait également savoir sa déception. Cette politique pourrait être un frein à la vitalité universitaire et scientifique du pays. « Je pense que ces politiques nous ramènent dans le passé. Je rappelle que les livres sont généralement traduits en espagnol six à huit ans après leur publication. Les scientifiques ont tendance à acheter des livres dans leur version originale, pour ne pas accuser un retard de huit ans ».

 

Avec la tenue le 19 avril prochain de l'International Book Fair en Argentine, les opposants à ces dernières mesures comptent bien amener ce combat sur un terrain plus politique.