Argo, Lincoln, De sang froid : les raisons du succès

Xavier S. Thomann - 21.02.2013

Edition - Société - Truman Capote - De sang froid - Lincoln


Robert McCrum du Guardian souligne le succès des oeuvres qui jouent sur les limites entre fiction et réalité. Il met également en avant notre tendance à exiger d'une oeuvre qu'elle affirme clairement son genre. Lincoln, Argo et De sang froid en sont les parfaits exemples. 

 

 

Lincoln Memorial/Washington Monument, Aug 2009 - 10

Ed Yourdon, CC BY-SA 2.0

 

 

Les trois oeuvres dont il est question ici ont fait la une des médias ces derniers temps. Les films de Ben Affleck et de Spielberg sont lancés dans la course aux oscars, tandis que le roman de Truman Capote voit son exactitude battue en brèche depuis la découverte de documents relatifs à l'enquête. 

 

McCrum a raison cependant de dire que nous sommes moins regardants question véracité concernant les films que les romans. Il suffit de voir le traitement post-mortem réservé à Truman Capote ces derniers temps. Le fait qu'il ait menti est vécu comme une trahison de la part d'un certain nombre de lecteurs. 

 

Tandis que les libertés prises par Argo et Lincoln sont plus facilement pardonnées, voire parfaitement ignorées par les spectateurs. Prenons le cas du film de Spielberg, assez mauvais par ailleurs — allez savoir ce qui est passé par la tête des critiques US. Quand l'amendement est voté par la chambre des représentants, on voit d'anciens esclaves assister à la scène, ce qui permet de renforcer la force émotionnelle de celle-ci. 

 

En vérité, une telle scène n'a jamais eu lieu, mais personne n'est allé le reprocher à Spielberg. Autrement dit, un film a le droit de prendre des libertés, tout en affirmant se fonder sur les faits. En revanche, un livre qui en fait autant est moins bien considéré. Comme si un romancier pouvait raconter une histoire vraie, seulement à condition de respecter scrupuleusement la vérité. 

 

En France, il semblerait que l'on soit moins perturbé par ces petits arrangements. En effet, on peut avoir du mal à comprendre les révélations concernant l'enquête menée par Truman Capote dans le Kansas. Capote n'aurait jamais dû dire que son livre était « parfaitement factuel ». Ces deux mots lui valent bien des reproches, tandis qu'Hollywood refait l'histoire en toute tranquillité.