Aridités, lacs profonds et polaroïds : nos romans de la rentrée Lattès

Béatrice Courau - 30.06.2017

Edition - Les maisons - rentrée littéraire 2017 - romans Lattes rentrée - romans rentrée littéraire


Les éditions Lattès, auteurs et éditeurs, accueillaient les libraires dans une salle du VIe, La Société. Et c’est en excellente compagnie que le programme de la rentrée fut exposé – placée sous le signe de l’intériorité et des histoires familiales.


JC Lattès - Livre Paris 2016
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Premier titre lu à la sortie de la présentation : Summer de Monica Sabolo (On en revient aux impatiences que suscitent ces réunions de présentation…). 

 

Benjamin est hanté. Un lac Léman saumâtre déroule ses algues, qui se mêlent aux cheveux de Summer. Summer, c’est sa sœur, disparue quinze ans plus tôt lors d’un pique-nique. Remontant le fil de ses rêves sombres, Benjamin, pointilliste, peint le tableau du drame qui les a emportés. Jusqu’à l’impossible. Monica Sabolo a le don des silences qui résonnent, et l’écho du secret en devient assourdissant. Sous une chaleur vibrante et immobile qui rend le Léman tellement inquiétant, un magnifique thriller psychologique. 

 

Un autre lac, un autre Benjamin. Tout aussi sombres. Ariane Monnier nous présente dans Le Presbytère, Benjamin Balthazar, médecin, bien sous tous rapports, qui s’installe avec sa famille dans un petit village. Petit à petit, isolant sa famille, ses enfants, un huis clos glaçant se met en place, jusqu’à l’effroi. Le regard de cette enfant, impuissante à poser des mots adéquats, construit une vision floue de l’insupportable, et le lecteur devant la violence devient témoin plus que voyeur. Un remarquable premier roman.


 

 

Ne passons pas à côté de La vie en temps de paix, de Francesco Pecoraro. Ce demi-siècle de vie italienne, où grande et petite histoire se mêlent, se révèle, aux dires des commentateurs transalpins, un phénomène digne d’un De Lillo ou d’un Roth, à l’échelle de la Péninsule. C’est dire.

 

Comme nous regardons encore les albums de famille où un polaroïd finit de sécher sous un film plastique qui recouvre une page autocollante (vous voyez l’image ?), penchons-nous sur Mistral perdu ou les événements, d’Isabelle Monnin. Années 70, deux sœurs partagent une enfance lumineuse, qui cessera soudain avec l’irruption du drame. 


  
 

Allusion à Lucrèce ? Dans La nature des choses, Charlotte Wood veut-elle révéler la nature de notre plus profonde humanité ? Dans une mise en place que ne renierait pas Margaret Atwood, au cœur du désert australien, dix femmes séquestrées, leurs geôliers. Instincts tribaux. Instinct de survie. Animalité. Et l’on se surprend à attendre qu’une Jane Campion ou un John Hilcoat s’empare de l’adaptation…



 

La plupart des auteurs que l’on qualifie de « voyageurs » réfutent cette étiquette. Malgré tout, il faudra qu’Arnaud de La Grange, dans Les Vents noirs, nous pardonne ce raccourci injuste. On suit les pas, de la Sibérie aux confins de la Chine, du Lieutenant Verken, en rupture de ban, à la poursuite d’un archéologue, à une époque (1920) où le « voyage en Asie » prend un sens particulier. Les étendues sont le théâtre de la rencontre de ces deux hommes, de la fascination qui s’en suivra, portés par une écriture parfois lyrique, et toujours sans artifice, minutieuse. Souffle et intériorité.

 

 

(à paraître 23/08) Monica Sabolo – Summer – Editions Lattès – 9782709659826 – 19€

(à paraître 23/08) Ariane Monnier – Le Presbytère– Editions Lattès – 9782709659437 – 17€

(à paraître 23/08) Francesco Pecoraro – La vie en temps de paix – Trad Marc Lesage - Editions Lattès – 9782709656115

(à paraître 06/09) Isabelle Monnin – Mistral perdu ou les événements – Editions Lattès – 9782709660822 – 17.50€

(à paraître 06/09) Charlotte Wood – La nature des choses – Trad Sabine Porte - Editions Lattès – 9782702448533 – 20.90€

(à paraître 23/08) Arnaud de La Grange – Les vents noirs – Editions Lattès – 9782709659512 – 19€

 

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