Arles, capitale de la traduction, autour de la guerre

Claire Darfeuille - 29.10.2014

Edition - International - Assises de la traduction littéraire - CITL - Arles


Du 7 au 9 novembre, les Assises de la traduction littéraire accueilleront à Arles des centaines de traducteurs professionnels, mais aussi un large public d'amateurs de littérature et de langues étrangères. Jörn Cambreleng, directeur du CITL revient sur une manifestation littéraire unique au monde et inséparable de son lieu de naissance.

 

 

 

 

Comment les Assises sont-elles nées ?

 

L'histoire des Assises est liée à la présence des éditions Actes Sud à Arles. Comme le rappelait sa fille Françoise Nyssen lors du Sommet du livre (voir notre ActuaLitté), la traduction est inscrite au cœur du projet d'Actes Sud. Les premières Assises ont eu lieu à Arles en 1984, à l'initiative de plusieurs traducteurs membres de l'ATLF, dont Laure Bataillon était alors la présidente. Hubert Nyssen a été un soutien actif, qui a œuvré pour un dialogue avec la municipalité. Avec la présence de sa maison, du diffuseur Harmonia Mundi, des éditions Philippe Picquier, du Collège international des traducteurs littéraires, Arles est incontestablement la capitale de la traduction.

 

Quelle est l'évolution des Assises depuis leur création en 1983 ?

 

À l'origine, il s'agissait de rencontres professionnelles, mais celles-ci ont évolué au fil du temps. La volonté est désormais de plus en plus marquée d'offrir une manifestation littéraire ouverte à tous les passionnés de littérature étrangère et aux nombreuses personnes intéressées par la traduction. Ainsi, nous proposons dorénavant des ateliers pour les non professionnels intitulés Traducteur d'un jour. Ceux-ci s'adressent en tout premier lieu à un public local, mais chaque visiteur peut y participer librement et sans connaissance particulière de la langue traduite.

 

Le texte traduit mot à mot est fourni, il s'agit alors de réfléchir à la singularité de la langue de l'auteur et de s'ouvrir au fonctionnement d'autres langues, y compris les plus « exotiques ». Les ateliers professionnels sont aussi accessibles à tous, car le but est de travailler sur les questions de traduction de façon ludique et collective.

 

« Traduire la guerre » est le thème retenu en cette année de commémoration, comment sera-t-il abordé ?

 

La Première Guerre mondiale sera présente, bien sûr, notamment à travers la lecture par Julien Duval du texte de William March Company K (traduit de l'américain par Stéphanie Levet — Éd. Gallmeister), mais toutes les guerres seront abordées : la guerre d'Espagne, la Sécession, la Syrie, les guerres antiques, les stratèges, etc.  La conférence inaugurale est confiée à la journaliste et auteure Florence Hartmann, qui été, entre autres, porte-parole au TPI pour l'Ex-Yougoslavie et au TPI pour le Rwanda.

 

Nous accueillons aussi les traducteurs italien, espagnol et polonais des livres de Jean Hatzfeld sur le génocide rwandais. De mon côté, j'animerai une table ronde avec Jean Levi, traducteur de L'art de la guerre de Sun Tzu, Pierre Judet de la Combe, traducteur de L'Iliade d'Homère et Marc de Launay, traducteur de Considérations actuelles sur la guerre et la mort de Freud. Une carte blanche est aussi laissée à Isabelle Stoufflet, directrice éditoriale chez Gallimard Jeunesse (collection Scripto) qui dialoguera avec la traductrice Mona de Pracontal sur le sujet Les Jeunes face à la guerre.

 

Les participants français et chinois reçus au CITL dans le cadre de « La fabrique des traducteurs » viendront présenter le fruit de leur travail. Quel est le principe de ces ateliers ?

 

La Fabrique des traducteurs est un programme lancé en 2010 afin de former de nouvelles générations de traducteurs et transmettre un savoir-faire. Pendant dix semaines, trois jeunes traducteurs étrangers et trois jeunes traducteurs français sont accueillis au CITL où ils travaillent sur des projets personnels avec des traducteurs expérimentés. Ils peuvent alors rentrer dans la matière même du texte, échanger dans une situation de bilinguisme idéale et s'imprégner du savoir-faire de leur tuteur. Des ateliers bilingues ont déjà été menés en français-russe, italien, espagnol, portugais, BCMS (bosniaque-croate-monténégrin-serbe), arabe, turc, néerlandais*…

 

Depuis septembre, ce sont six traducteurs français et chinois qui travaillent de concert. Ils présenteront leurs textes mis en voix samedi en fin d'après-midi, avant la traditionnelle remise des Prix de traduction. Leur lecture intitulée Encres fraîches se déroulera dans le tout nouvel espace qu'est la Fondation Vincent Van Gogh à Arles, un lieu dédié à l'oeuvre du peintre, mais aussi à la création contemporaine : la lecture aura lieu dans le cadre de la très belle exposition consacrée à l'artiste chinois Yan Pei Ming. Elle sera de nouveau présentée à la Bulac le 12 novembre à Paris.

 

Tout le programme des 31es Assises de la traduction est téléchargeable ici.

 

* Ces trois dernières langues dans le cadre de la Fabrique européenne des traducteurs (ndr)