Arnaud Nourry fustige la Commission européenne, Google et les exceptions

Clément Solym - 11.04.2016

Edition - International - Arnaud Nourry - Commission européenne - exceptions droit auteur


L’intervention du PDG du groupe Hachette, Arnaud Nourry, a prononcé un discours remarqué lors du 2016 International Publishers Congress, qui se déroulait à Londres. Une ouverture optimiste, avant que ne démarre la Foire du livre de Londres, mais de nombreuses interrogations laissées en suspens. Et notamment sur l’intégration de la Chine comme membre de l’International Publishers Association.

 

Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre - Frankfurt Buchmesse 2015

Arnaud Nourry - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le grand patron de Hachette a publiquement remis en cause cette adhésion, soulignant qu’il n’avait pas, lui-même, approuvé cette décision. Si cette nouvelle entrée est un signe favorable, il n’en reste pas moins que les événements de la fin de l’année 2015, avec la disparition d’éditeurs et de libraires de Hong Kong, notamment, l’inquiète. 

 

Et interpellant Richard Charkin, actuel président de l’IPA, Arnaud Nourry fait directement part de ses appréhensions. « J’espère que vous saviez ce que vous faisiez quand vous avez soutenu la demande de la Chine à devenir membre de l’IPA, à Francfort, l’année passée. Ce fut une initiative généreuse et optimiste, et ces deux qualités sont mes favorites. J’espère que nous serons toujours aussi à l’aise avec elles dans les mois et les années à venir. »

 

Cette présence n’a cependant pas manqué de diviser les membres : la Börsenverein des Deutschen Buchhandels, association des libraires et éditeurs allemands, a fait part de ses doutes. Et d’autres pays, comme la France, la Norvège, la Suède, ou l’Islande partagent manifestement ces craintes. 

 

Cela dit, l'année passée avait vu l'Arabie saoudite devenir membre à part entière de l'IPA. Et le pays n'est évidemment pas connu pour sa liberté d'expression...

 

Le PDG de Hachette a tout de même assuré qu’il ne s’agissait pas d’attaques portées contre le président de l’IPA. « J’espère juste que, après ce que nous avons lu dans les journaux au sujet des éditeurs chinois, il n’y a pas de contradiction entre cela et l’intégration à l’IPA. » 

 

Charkin a pour sa part assuré que l’adhésion s’était faite démocratiquement : pas question de regrets pour lui. « Le rôle de l’IPA est de soutenir les industries de l’édition du monde entier. » Et la Chine représente un territoire important dans le secteur, qui mérite l’aide que peut apporter l’organisation internationale.  

 

L'action de la Commission européenne, aux "conséquences dévastatrices"

 

Par-delà cette interrogation, Arnaud Nourry a pris soin de pointer l’importance des valeurs que défend l’IPA, et la force que les livres incarnent. « Les livres ont toujours été à l’avant-garde de la bataille pour la liberté, la démocratie et le progrès, et à travers l’histoire bien des puissances ont été tentées de les supprimer, les museler ou les exploiter. »

 

Et de poursuivre : « C’est la raison pour laquelle, nous éditeurs, devons plus que jamais faire en sorte que notre voix soit entendue, car nous ne parlons pas seulement de notre industrie. Nous parlons de nos auteurs et de leur travail, et cette responsabilité est ce qui rend l’industrie de l’édition si spécifique et spéciale. »

 

Dans ce discours, c’est également la Commission européenne qui en a pris pour son grade. Parlant « d’attaques insensées », en évoquant la réforme du droit d’auteur, Arnaud Nourry estime que pointent de « sombres nuages à l’horizon », accompagnés « de menaces qui devront être prises en compte ». 

 

Évidemment, il s’agit là des exceptions envisagées, pour les bibliothèques, pour l’éducation, en faveur du Fair Use. « C’est comme si la Commission avait fait une priorité d’affaiblir la seule industrie culturelle européenne qui a obtenu un leadership mondial. » Et si les différentes mesures envisagées venaient à voir le jour, elles auraient « des conséquences dévastatrices ». 

 

Bien entendu, Google n’est pas épargné, présenté comme l’acteur « le plus susceptible de constituer un danger clair et immédiat pour notre industrie ». Et ce, du fait de la campagne de numérisation massive entreprise par le moteur de recherche. Le problème vient de ce que les aspirations de Google pourraient être facilitées par les exceptions que prévoit la Commission. 

 

« Qu’est-ce qui les empêchera de se définir comme une bibliothèque et de faire en sorte que tous ces livres soient disponibles gratuitement, sur une base non lucrative ? » Avec « la bénédiction » de la Commission européenne, Google pourrait en effet obtenir de démultiplier ses affichages publicitaires, en affichant des extraits de livres. 

 

« Triompher des plans de la Commission européenne doit être la priorité numéro 1 pour l’IPA », a poursuivi Arnaud Nourry, parce que « la protection du copyright est la mission principale de l’IPA ». 

 

(via Bookseller, PW)