Arnaud Nourry reste "un grand défenseur du DRM"

Antoine Oury - 14.10.2015

Edition - International - Arnaud Nourry - Hachette Livre - CEO Talk Francfort


La France, avant d'être invitée d'honneur de la Foire de Francfort en 2017, a été mise en avant pour cette édition 2015 : après la présentation des achats de droits au sein des maisons françaises, le Président Directeur général de Hachette Livre, Arnaud Nourry, est venu évoquer son expérience et le futur de la maison française, également huitième éditeur mondial. (de notre envoyé à Francfort)

 

Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre - Frankfurt Buchmesse 2015

Arnaud Nourry, à Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Une grande variété de sujets a été évoquée, en une heure, des perspectives de développement international aux conditions du marché du livre numérique, en passant par la perspective de réforme du droit d'auteur initiée par la Commission européenne. L'ensemble de notre live tweet du « CEO Talk » pourra être lu à cette adresse.

 

En marge de son intervention, nous avons interrogé Arnaud Nourry sur les « verrous numériques », les DRM, ou mesures techniques de protection : l'édition allemande connaît depuis plusieurs mois un vaste mouvement d'abandon du DRM Adobe et des autres DRM dit « durs » ou « lourds » qui nécessitent la création d'un compte et une gestion des droits numériques poussée — et compliquée — pour les lecteurs, au bénéfice de solutions plus simples comme le tatouage numérique.

 

En mars 2012, Arnaud Nourry l'expliquait à ActuaLitté : « Si dans cinq ans ou dix ans, la question est culturellement dépassée, on sera ravis d'enlever les DRM. » Et précisément, nous sommes cinq années plus tard. Malgré un contexte très différent, le PDG de Hachette Livre n'en démord pas : « Je n'ai pas compris pourquoi les éditeurs allemands, pas tous, mais certains grands groupes, avaient abandonné le DRM », nous confie-t-il.

 

La situation est pourtant bien plus simple encore en Allemagne : Alexander Skipis, directeur général du Börsenverein [équivalent du SNE outre-Rhin], assurait à ActuaLitté : « Comme représentants du secteur du livre, nous avons pour but de faciliter le plus possible l’accès aux écosystèmes ouverts. Sinon, les libraires allemands se retrouvent incapables de s’imposer contre la concurrence des grands écosystèmes propriétaires. Les systèmes de protection “durs” constituent souvent un obstacle pour les clients, car ces techniques de protection entraînent des problèmes d’utilisation des livres numériques. »

 

Et il encourageait tout bonnement les responsables à renoncer aux modèles de DRM durs, « quand c’est possible ». Autrement, ce sont non seulement des grands groupes, mais appuyés dans leur démarche par le syndicat rassemblant libraires et éditeurs allemands, qui ont choisi de se débarasser des DRM.

 

En marge de la conférence de Francfort, Arnaud Nourry poursuit, à notre micro : « Il est possible que cela soit pour pousser le système Tolino, qui rassemble une plateforme et un appareil, et qui fonctionne plutôt bien, avec 25 ou 30 % des parts de marché. En France, nous n'avons pas d'opportunités comme celle-ci et je suis toujours un grand défenseur du DRM parce que nos auteurs nous demandent de protéger leurs contenus contre le piratage. »

 

Or, voilà peu, l’éditeur avait réaffirmé, dans nos colonnes, sa ferme volonté de lutte contre la contrefaçon et détaillé la stratégie employée  : d’un côté la surveillance de la Toile confiée à la société Digimarc Attributor et de l’autre le recours aux mesures techniques de protection.

 

Effectivement, l'abandon des DRM en Allemagne visait aussi à faciliter le travail des libraires, en allégeant le volume de service après-vente. D'ailleurs, les libraires français, à travers le SLF, appellent eux aussi de leurs voeux l'adoption d'une solution de protection plus légère.

 

Chose que le watermarking, ou tatouage numérique, une solution qui appose des informations personnelles de l'acheteur de manière cachée dans le fichier, ne parvient pas à faire : « L'expérience que nous avons, c'est que ce n'est pas suffisamment dissuasif, cela n'empêche personne de pirater, mais permet simplement de retrouver qui a été le premier acheteur », note Arnaud Nourry.