Arrestation d'Asli Erdogan en Turquie : poursuivre “la mobilisation internationale”

Nicolas Gary - 28.08.2016

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L’arrestation de la romancière turque, Asli Erdogan, a fait monter d’un cran encore l’inquiétude de la communauté internationale. La situation politique en Turquie, exacerbée par les purges que le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a déclenché, pousse chacun à la mobilisation. L’agence littéraire Astier-Pécher, qui représente Asli Erdogan depuis sept années, souhaite insister sur cette nécessaire action commune. Dans un message, Pierre Astier et Laure Pécher appellent ainsi à poursuivre ce mouvement de solidarité.

 

Asli Erdogan

 

 

« Depuis l'arrestation d'Asli Erdogan à Istanbul dans la nuit du 16 au 17 août, que nous avons apprise par Amy Spängler, sa traductrice en anglais (également notre sub-agent en Turquie, Anatolialit), nous n'avons eu de cesse de mobiliser médias et public, directement et via les réseaux sociaux.

 

Nous savions depuis des années que ses articles dans le journal d'opposition Ozgur Gündem, en faveur de la minorité kurde, ses appels à  la reconnaissance du génocide arménien, ses prises de position à l'égard des femmes ou d'autres minorités, faisaient d'Asli Erdogan une des bêtes noires du régime. Les charges qui pèsent actuellement contre elles sont : 1) d'appartenir à une organisation terroriste; 2) de se livrer à une propagande terroriste; 3) de provoquer l'opinion publique.

 

La pétition internationale pour sa libération (LIEN) lancée à Istanbul, largement relayée en Allemagne, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France et dans le monde, a recueilli plus de 26000 signatures à ce jour.

 

L'un des avocats d'Asli Erdogan, avec lequel nous sommes en contact, Me Cihat Duman, nous informe régulièrement de la situation. Il cherche à obtenir un non-lieu et nous incite à poursuivre nos efforts pour que la mobilisation internationale ne se relâche pas.

 

De notre côté, nous avons également attiré l'attention des pouvoirs publics français et des institutions pour que des prises de position claires, en faveur d'Asli Erdogan et de la liberté d'expression en Turquie, aient lieu », assure l'agence. 

 

A retrouver : Arrestation d’Asli Erdogan, « une chasse aux sorcières »

 

 

Précédemment, 10 éditeurs, membres du PEN International Publishers Circle, et comptant parmi les importants groupes éditoriaux au monde avaient pris position. « Selon nos confrères de l’Association des éditeurs turcs, la fermeture des maisons d’édition “représente un risque de violation des droits de l’homme, de mise à mal de la liberté de pensée et d’expression, mais aussi des pertes morales et financières irremplaçables”. Tout en reconnaissant le droit des autorités turques à enquêter et poursuivre les responsables du coup d’État manqué, le PEN International Publishers Circle appelle les autorités turques à ne pas restreindre la liberté d’expression. »

 

Un état de santé fragile, des conditions de détention critiques

 

Selon les informations qui ont été communiquées dans la presse par son éditeur Actes Sud, on apprenait que l’auteure avait été transférée, suite à son arrestation, dans la prison stambouliote pour femmes, Barkirköy.

 

L’incarcération n’en sera que plus complexe pour l’écrivaine, qui a besoin de suivre un régime alimentaire très spécifique – elle est diabétique et souffre d’un problème au pancréas qui nécessite un traitement régulier. Elle n’aurait, après son interpellation manifestement violente, pas pu prendre ce médicament durant près de cinq jours, a-t-elle assuré. 

 

En dépit d’un asthme chronique, et d’une maladie pulmonaire, elle n’aurait pas non plus été autorisée à quitter sa cellule. « Ils me traitent de manière telle que mon corps en conservera des dégâts permanents », a-t-elle confié, par la voix de son avocat Nesrullah Oğuz. Selon lui, la romancière aurait été contrainte de dormir dans un lit où une femme aurait uriné...

 

Asli Erdogan a été déplacée de la prison à l’hôpital pour des soins, mais a été renvoyée par la suite dans sa cellule de détention. « Je suis consciente des grands efforts qui sont réalisés. Je suis consciente de la sincérité et heureuse des marques d’affection dans les messages que je reçois. Cela peut sembler vain, mais je vous en remercie beaucoup », assure-t-elle. (via Hurriyet)

 

 

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