Arrivée d'Amazon en Suisse, une “distorsion de concurrence” grâce à La Poste ?

Nicolas Gary - 26.02.2018

Edition - International - Poste Amazon Suisse - Suisse Payot Amazon - librairie livres Amazon


Le territoire était encore neutre, mais un cheval de Troie permettra manifestement de fluidifier le commerce. En effet, fin novembre 2017, la presse suisse dévoilait un accord entre La Poste et Amazon, permettant de faciliter le dédouanement de colis. Et par conséquent, la livraison depuis l’étranger. Pas du goût de tout le monde...


Pascal Vandenberghe
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Certes, il semble que l’accord relève plutôt d’un transfert depuis Amazon.de, vers Amazon.ch, et donc une entrée de l’Américain par la Suisse allemande. Or, tout porte à croire que le livre papier, même s’il est symboliquement à l’origine de la création d’Amazon, ne sera pas une priorité stratégique. D’autant plus que la Suisse alémanique représente la majeure partie de l’activité économique du territoire.

 

En somme, c’est l’ensemble de l’activité, hors livre, qui serait plutôt concernée – et donc en mesure de menacer les enseignes de grande distribution dans un premier temps. La Suisse romande, avec deux millions de locuteurs francophones – contre près de 6 millions pour la Suisse alémanique – ne serait pas la plus prisée. Pour autant, elle ne sera certainement pas négligée.

 

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Pascal Vandenberghe, PDG des librairies Payot, évoque cependant « un double scandale, attendu que la poste suisse est une société anonyme de droit public, avec la Confédération helvétique pour seul actionnaire ». D’un côté, donc, la Poste favoriserait un acteur étranger qui ne paye pas d’impôts sur le territoire, tandis que, de l’autre, elle participerait à l’affaiblissement des acteurs suisses, créateurs d’emplois.

 

Tout cela pour un opérateur public : difficile à défendre. « C’est un manque clair de perspectives et de hauteur », soulignait le PDG de Payot à ActuaLitté. « Les objectifs stratégiques sont établis par la confédération, mais ses intérêts ne sont pas forcément ceux de la Suisse dans son ensemble. »

 

Surtout que, dans une partie de billard à trois bandes – au moins – La Poste indiquait ne pas être en mesure, techniquement, de pouvoir appliquer la réforme de TVA prévue, pour les achats réalisés en ligne. En effet, une franchise instaurée de 200 francs pour les livres et de 62,50 francs pour tout autre marchandise permet de protéger le commerce de détail. 

 

Mais cette réforme de la TVA, introduite au 1er janvier 2018, aurait donc dû entrer en application. Et depuis juin 2017 que la mesure est annoncée, La Poste ferait donc de la résistance. Elle a ainsi décidé « unilatéralement de repousser d’un an l’entrée en vigueur de la loi. Comment La Poste peut-elle décider ainsi de repousser la date d’entrée en vigueur d’une loi fédérale ? » s’interroge Pascal Vandeberghe dans Le Temps.

 

Comment d’un côté peut-on déployer les moyens techniques pour simplifier l’arrivée d’Amazon dans le commerce, et dans le même temps, ne pas trouver le temps de remplir des impératifs législatifs fédéraux ? « Un sens des priorités qui laisse pantois venant d’une entreprise publique. »

 

Comment le contribuable serait dindon de la farce

 

À ActuaLitté, il confirme voir là « une distorsion de concurrence pour les commerçants suisses et un manque à gagner pour les caisses de la Confédération ». Le géant du web ne se verra donc pas appliquer la hausse de TVA prévue pour les ventes en ligne, réalisées à l’extérieur du territoire, et, pour l’heure, l’administration fédérale ne semble pas s’empresser de répondre. 

 

Surtout que l’on peut légitimement s’interroger sur les conditions commerciales obtenues par le géant de Seattle dans son accord avec La Poste. Une distorsion de concurrence, par un acteur public, qui s’opérerait au détriment du contribuable, voilà qui sera assez saugrenu.

Surtout que, pointe Pascal Vandenberghe, « alléchée par le très gros volume que représentera le trafic d’Amazon, La Poste n’est-elle pas allée jusqu’à fixer des tarifs inférieurs au prix coûtant de la prestation, le système des “vases communicants” entre ses différentes sociétés lui permettant de masquer cette réalité » ?

 

Sa conclusion est brutale : « Dans cette hypothèse, si elle est avérée, n’est-ce pas le contribuable suisse qui “mettra au bout”, d’une façon ou d’une autre, pour financer cet éventuel dumping ? »
 




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