Artibella, jeune chien fou de l'édition, publie un ex-détenu

Clément Solym - 20.08.2012

Edition - Les maisons - Artibella - Clermont-Ferrand - maison d'édition


« Je n'accompagne pas ce petit livre d'un long discours sur toutes les bonnes raisons que vous auriez de le lire et de le critiquer ; vous saurez, je n'en doute pas, trouver toutes ces bonnes raisons à la lecture des Mémoires d'un chien jaune. » Voilà qui change des commentaires élogieux d'auteurs, monnayés, mais qui valent à peine la page sur laquelle ils furent photocopiés. La missive vient tout droit de Clermont-Ferrand, mais la maison d'édition Artibella est oblitérée du côté de Kingston.

 

Yellow Dogs Go To Yellow Shops

 

Une fois les 3 premières nouvelles du recueil déchiffrées, un appel s'imposait quand même, ne serait-ce que pour obtenir quelques infos sur cet O. Henry : pour tout indice, son véritable nom, William Sydney Porter, et la rumeur tenace d'un séjour en prison... Rémi Goutayer, fondateur de la maison, nous sort le casier du bonhomme.

 

« O. Henry, c'était pour réparer une injustice. C'est l'un des très grands écrivains du début XXe, 2 volumes ont été publiés à l'époque par Rivages, mais depuis, il est tombé dans l'oubli. Quelques libraires entretiennent encore sa mémoire... » En 1905, O. Henry est l'auteur le mieux payé des États-Unis, un comble pour l'ancien condamné pour détournement de fonds. Le premier auteur du catalogue Artibella vient du domaine public, et le recueil de six nouvelles est tiré à 1000 exemplaires : le goût du risque est un allié excellent pour monter son affaire.

 

À 24 ans, Goutayer en a sûrement un petit stock en réserve : autoentrepreneur, « absolument pas du sérail, aussi bien sur le plan financier qu'intellectuel », le directeur de la maison ne porte qu'un titre, celui de son livre, lorsqu'il assure lui-même la diffusion du petit bouquin à la couverture bicolore. « Il y a eu quelques mois de galère pour trouver les fonds, mais j'ai eu la bonne surprise de bénéficier du soutien de tous les libraires régionaux », se souvient-il en égratignant au passage la Fnac, qui « refuse de travailler avec un tout petit éditeur ».

 

Du coup, il quadrille entre un quart et une moitié de la France, entre Clermont-Ferrand, Millau, Marseille.

 

D'un autre côté, ce régime était attendu pour une maison d'édition qui titre son nom d'un morceau de ska signé Ken Boothe, Mr. Rocksteady en personne, « qui a porté l'indépendance de la Jamaïque jusqu'à aujourd'hui ».

 

Avec ses propres moyens, Artibella espère « faire bouger les lignes » explique Rémi Goutayer avec une modestie qui n'empêche pas l'ambition : « On commence avec O. Henry, mais le but reste d'éditer des auteurs vivants, aussi bien de romans que d'essais... Des pans entiers de la littérature, ou certains thèmes, sont encore dans l'ombre... »

 

Seul le numérique restera hors du champ d'exploration d'Artibella - du moins, provisoirement : pour l'instant, « on mise sur la qualité de la fabrication » explique Goutayer, qui ne tarit pas d'éloges sur La source d'or, son imprimeur, qui se met également au service des éditions

 

La dernière goutte ou Le Sonneur. L'indépendance est un jeu collectif.

 

 




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