Artistes auteurs en colère : littérature et productivité sont incompatibles

Fasseur Barbara - 22.06.2018

Edition - Société - Auteur en colère Concertation - Place Colette Temoignages - Auteurs Artistes Statut


Ce 21 juin, place Colette, les artistes-auteurs se sont réunis pour faire entendre leurs voix. Puisque protester ne suffit plus, ils manifestent. Sous les drapeaux et bannières de leurs syndicats, c’est pour défendre un métier qui leur est cher qu’ils sont là. Pendant que leurs représentants assistaient à la concertation, ils font le point. lls réexpliquent une situation restée sous silence pendant trop longtemps.

 



Micro à la main, ils partagent tour à tour leur situation. Pour survivre en tant qu’artiste-auteur professionnel, ils sont beaucoup à devoir jongler entre plusieurs emplois, plusieurs statuts. « Salarié, micro entrepreneur, auteur, artiste, il faut apprendre à jongler. » Une jeune auteure-illustratrice poursuit, « on m’a poussé à prendre le statut de micro entrepreneur, mais je ne suis pas une entreprise. Je suis artiste-auteur et ce statut devrait leur suffire ».

 

On lui répond alors que c’est pour ça qu’ils sont réunis ici. « On se bat pour un statut, pour notre vrai statut. Parce qu’à l’heure actuelle, on existe en tant qu’artiste quand ça arrange l’administration. Depuis des années, les services se refilent les artistes-auteurs comme une patate chaude sans vraiment savoir quoi en faire, et encore aujourd’hui on nous balade. »

 

Pourtant les artistes-auteurs sont des gens comme les autres : « On travaille pour gagner notre vie comme le processus de création n’est pas toujours visible, ce n’est pas reconnu. Vous imaginez trouver un logement dans cette situation, croyez-moi même si vos revenus vous le permettent, sans CDI bon courage. » Alors quand on évoque la possible disparition de la MDA et de l’AGESSA au profit de l’URSSAF, un vent de panique souffle : « On est très inquiet de voir disparaître les seuls interlocuteurs compétents qui nous conseillent et nous accompagnent depuis des années. »

 

Les plasticiens sont également très présents lors du rassemblement. Parmi eux, Émilie Moutsis, coprésidente de la FRAP : « La création contemporaine est de plus en plus dépendante de sa rentabilité. Soumise aux financements et aux subventions, la diversité de la culture est menacée. Soit un artiste crève la dalle pour continuer à dire ce qu’il pense, soit il accepte ce qui est sans protester et gagne sa vie, c’est très paradoxal. Dans la situation actuelle on parlerait plutôt de “travailleur de l’art et de la création” que d’artiste-auteur tant les objets ont cessé d’interroger la société. »

 

Finalement, aux alentours de midi, la concertation est terminée et les représentants font leur apparition. Ils n’ont pas de bonnes nouvelles et pourtant personne ne semble surpris. Le statut d’auteur se dégrade depuis plus de 10 ans, une réforme avait été entamée en 2013 puis s’est arrêtée alors que « les choses avançaient bien ». La réunion de ce 21 juin était très attendue et devait permettre aux artistes-auteurs de faire part de leurs revendications concrètes. Mais plutôt que d’offrir une véritable concertation, les voilà face à une présentation.
 

Les auteurs au ministère de la Culture,
partagés entre colère et déception

 

« Quand une concertation commence par un PowerPoint, on comprend que les choses ne vont pas se passer pas comme prévu. Et ce qui ressort de tout ça ? Un véritable espoir déçu » s’accordent Samantha Bailly, présidente de la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et Sophie Dieuaide, auteure jeunesse et chartiste.
 


 

« On n’a eu aucune réponse aux questions techniques, ils ne savent pas ce qu’ils font. Et quand on ne sait pas, on ne fait pas. Ils n’ont aucune solution concrète, aucune réponse aux questions pratiques. Comment peuvent-ils espérer mettre ça en place dans six mois ? On demande un moratoire, un délai supplémentaire pour avoir de vraies réponses avant de mettre quoi que ce soit en route, car sans aménagement cela ne fonctionnera pas. »

 

Les éditeurs sont une nouvelle fois les grands absents de la manifestation comme le remarque Sophie Dieuaide. « Où sont-ils aujourd’hui, que font les éditeurs ? Sans auteur pas de livre à éditer, ils sont aussi en danger. On aurait eu besoin de leur soutien, de leur présence. Au fur et à mesure des années, la masse de travail ne cesse d’augmenter. Pas parce qu’il y a plus de demandes, simplement pour survivre », analyse-t-elle.

 

« La situation autour du statut d’auteur est désastreuse. En parallèle, on assiste à une surproduction en constante augmentation et à une diminution de la durée de vie des ouvrages. C’est déjà terriblement difficile au niveau économique, alors vraiment, il n’y avait pas besoin d’en rajouter socialement. Avant on essayait de faire avancer le statut d’artiste-auteur, maintenant on peine à le protéger, à le maintenir », poursuit-elle.

 

« Pour gagner sa vie en tant qu’auteur, il faudrait publier sept livres par an pour vivre de sa plume. Un rythme pareil, c’est une véritable mise à mal de la capacité à créer. Parce que la surproduction, comme la précarité du statut, tout cela se répercute sur nos livres. C’est le public qui en subit les conséquences. Moins de temps, moins de recherches pour aller plus vite et pouvoir s’assurer des revenus suffisants, ça finira par se sentir. Écrire un roman pour les adolescents prend plus de temps qu’un roman jeunesse. Alors on finit par faire des choix au détriment parfois de la qualité de la création par manque de temps et d’argent. »
 

L'histoire gardera la “ministre éditrice
qui aura massacré les écrivains” (Joann Sfar)

 

Charlotte Roederer, auteure jeunesse remarque : « Il faut produire toujours plus de titres et toujours plus commerciaux, si l’on veut s’assurer un salaire. Alors si cette tendance se maintient et que les choses continuent dans ce sens, la littérature de niche est vouée à disparaître et c’est toute la diversité de la littérature jeunesse qui est en danger. Il faut se battre pour conserver cette diversité culturelle, cette liberté d’écriture et de lecture. » 

 

Marie Sellier, présidente de la SGDL ajoute : « Ça fait 5 ans qu’on nous balade. Maintenant, on nous répète encore une fois qu’on nous a bien entendus et qu’ils vont y réfléchir. Comment veulent-ils mettre en place cette réforme au 1er janvier, si à 6 mois de l’entrée en vigueur un grand nombre de points techniques reste sans réponse ? De plus, l’AGESSA et la MDA sont de véritables sas pour les auteurs, des lieux d’accompagnement et de conseil. Alors on est très, très inquiets, on est comme autant de petits poissons dans un bocal qui attendent avec terreur d’être jetés à la mer, seuls dans l’océan. »
 




Commentaires

Sans doute les autorités ne veulent pas d'un statut proche de celui des intermittents du pestacle qui leur a déjà causé suffisamment de tracas comme ça, non pas tellement administrativement, mais idéologiquement : Ils ne veulent pas d'une nouvelle catégorie qui sorte des clous, cad de la sacro-sainte norme salarié/chômeur, comptable et contrôlable à merci. Le système rejette organiquement tout ce qui ressemble de près ou de loin à un électron libre et qui pourrait le remettre en cause, ça rentre pas dans ses objectifs binaires (loosers/winners), c'est une épine dans le pied. Et puis il aurait peur que tout un tas de gens s'y agglutinent : Qui serait éligible à ce statut et selon quels critères, fixés par qui ?
Pourquoi les éditeurs manquent à l'appel ? Ben parce qu'ils s'en sortent très bien comme ça et n'ont donc aucun intérêt à ce que ça change. Alors le truc c'est de monter au créneau avec les éditeurs (sur ce point, l'Etat a raison) pour percer le plafond de verre du droit d'auteur. Faire en sorte par exemple que la fourchette 8/10 (pour les auteurs de romans) passe à 18/20. Là ça devient vivable, et pour tous les acteurs de la chaîne. La question est : nous auteurs, avons-nous assez de corronès pour nous redresser et revêtir le costume de négociateur...
Il suffit d'avoir un peu cotoyé l'édition pour se rendre compte que, pour eux, leur métier serait idéal s'il n'y avait pas les auteurs… Uniquement des rééditions et des traductions, le pied !
Et pourquoi des traductions, ils trouvent les auteurs étrangers meilleurs que les auteurs français ?
A Pateris et koinsky : donc, si je vous suis bien, un traducteur n'est pas un auteur. Or, si, c'est le cas, dans les faits et juridiquement. Il a un contrat et des droits d'auteur comme les autres, et il est tout aussi concerné par ces réformes.
J'aimerais bien savoir ou j'ai dit que le traducteur n'est pas un auteur. J'ai beau chercher…
Pareil que pateris, j'ai beau chercher...

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.