Ascension, Oulipo, Desnos, Russes blancs et roman culte

Béatrice Courau - 23.06.2017

Edition - Les maisons - romans rentrée littéraire - Robert Desnos poésie - Mont Blanc ascension


Notre grande tournée de la rentrée littéraire se poursuit avec la présentation organisée au Loft, par Interforum : les éditeurs diffusés par la structure présentaient aux libraires leurs titres majeurs. Une soirée de littérature, dont nous avons retenu quelques perles. Non que tout ne donne pas envie, mais certains de ces ouvrages fleurent bon « les-livres-que-l-on-deniche-pour-vous »…

 

 

Profitons d’un peu de fraîcheur par ces torrides températures avec le livre de Ludovic Escande. Éditeur chez Gallimard, c’est avant tout un proche de Sylvain Tesson et Jean-Christophe Rufin. Et avec L’ascension du Mont Blanc aux éditions Allary, il livre un texte sur la marche, l’alpinisme, mais avant tout un texte fondamental sur l’amitié, comme source d’énergie et de dépassement de soi.



 

Certes, une dose de spiritualité évidente, quand on se retrouve sur les sommes d’étendues enneigées, mais surtout un texte fort, lié à l’expérience et l’épreuve de la nature. D’ailleurs, les trois hommes s’étaient retrouvés pour une aventure, dont ce témoignage découle directement.


 

Autre promesse (parce que, entre nous, on le suit depuis de nombreuses années), que celle de Xavier Mauméjean, qui pourrait bien être un « alien » de cette rentrée.  Avec La société des faux visages, publié aux éditions Alma, ce membre du Collège de Pataphysique et de l’OuLiPo part dans une autre forme d’exploration. C’est un peu… mettons… comme si Maurice Leblanc rencontrait George Perec !



 

Partons des bases : Sigmund Freud et Houdini sont convoqués par un riche magnat, qui leur demande de résoudre l’énigme de la disparition (Perec aurait adoré) de son fils. Et voici comment le spécialiste de l’évasion et le professionnel de l’intrusion se retrouvent à coopérer. Dans une langue jubilatoire, les deux hommes traversent New York au début du XXe siècle. Une enquête improbable à surveiller de près…

 

Autre époque, mais pas tant que cela, le roman de Gaëlle Nohant, Légende d’un dormeur éveillé, aux éditions Héloïse d’Ormesson, se consacre à un fameux rêveur : Desnos.  Loin de l’exercice universitaire de la biographie, elle livre un texte qui raconte son rapport personnel, intime depuis des années, au poète. C’est un portrait incarné pleinement de l’homme que l’on connaît pour ses poèmes de l’enfance. Retrouver Desnos, contemporain et ami d’Aragon, de Prévert, d’Artaud et de tout le surréalisme, vire à la magie. 
 


 

Et alors que l’on sait comment Robert Desnos est mort du typhus en juin 45, dans le camp de Theresienstadt, on se surprend à espérer. Le texte est si bien porté qu’on voudrait qu’il ne meure pas : cela peut finir autrement, le roman est trop beau… Avec La part des flammes, Gaëlle Nohant avait obtenu le prix du Livre de Poche en 2016, et cette auteure, déjà suivie par les libraires, sortira très certainement son épingle du jeu.

 

Direction la Grande Russie : des écrivains russes contemporains, cela ne court pas les rues, et Boris Akounine est de toute évidence l’un d’entre eux. 
 

Connu pour ses romans policiers et sa série qui prend place sous la période tsariste, aux éditions 10/18, Akounine revient cette fois avec une énorme somme, un défi, son propre Everest (restons dans la thématique montagnarde et assumons gaillardement !), le récit du XXe siècle russe au travers du destin d’une famille. La saga Album de famille va dérouler tout le siècle, et débute cet automne en français avec Aristonomia, aux Editions Louison. 



 

C’est une fresque à la Stendhal qu’il nous expose, où un Julien Sorel russe retrace en filigrane les antagonismes familiaux et sociétaux dans ce début du XXe siècle, où Russes blancs et rouges s’affrontent. Une construction déroutante, un grand récit épique, qui mêle l’histoire et un faisceau de réflexions philosophiques, fruit de l’observation du héros. Le lecteur, pris entre deux fulgurances, celle de la narration et celle de la pensée, aura assurément des découvertes à faire.
 

Texte de libraire, à coup sûr, Aristonomia désigne, peu ou prou, la loi de la perfection de soi. Fameux programme.

 

 

And last, but not least… Attention, roman culte. Pas de contestation dans les rangs. Here is, ladies and gentlemen, enfin disponible en français, le mythe dont se réclamaient Faulkner, Hemingway, ou encore Philip Roth. 
 

Oui, messieurs dames. Pas moins. Les fous furieux de la littérature américaine du XXe siècle ainsi que les exégètes ne nous contrediront pas. Ils ne pourront pas. Point barre. On ne l’attendait pas nécessairement chez Bartillat, mais la réédition avec nouvelle traduction du livre de Thomas Woolfe, Look Homeward, Angel, c’est le baba au rhum pour un ivrogne. [NdR : Charles Ficat, l'éditeur, nous indique qu'il ne s’agit pas d’une nouvelle traduction. Nous avons repris celle de Pierre Singer, élégante et précise. Ce qui est complètement inédit c’est la préface de Perkins, qui signe un bel hommage à Wolfe.]
 

Souvenez-vous : le film Genius, avec Jude Law, Nicole Kidman et Colin Firth, c’était lui ! Woolfe fait partie des auteurs dénichés par Maxwell Perkins, éditeur de génie, qui se battait contre l’écrivain, capable de lui remettre des manuscrits de 2000 pages.



 

Depuis des dizaines d’années, son roman Look Homeward, Angel était introuvable. Et la maison fait tapis : non seulement on conserve le titre anglais – un vers de Milton, 'scusez du peu, histoire de planter le décor – mais elle reprend aussi toute la traduction.


Et le livre ? Et le livre ? Eugène Gant a un père alcoolique et coureur de jupons, et une mère travailleuse. Seulement ce sud indicible le portera toute sa vie, dans la mélancolie d’une enfance révolue inondée de soleils, de bruits et de fureurs. Et lui, au milieu, découvre la vie… 
 

Et voilà Charles Ficat, l’éditeur, qui soudain s’emporte : « Ce roman, c’est le Mont Rushmore de la littérature américaine, porté par une écriture océanique ! » Silence dans la salle.


Un roman cultissime !

 

 

(à paraître 31/08) Ludovic Escande – L’ascension du Mont Blanc – Editions Allary – 9782370731425 – 16.90 €

(à paraître 7/09) Xavier Maumejean — La société des faux visages — Editions Alma – 9782362792359 – 18 €

(à paraître le 1708) Gaëlle Nohant — Légende d’un dormeur éveillé – Editions Héloïse d’Ormesson – 9 782 350 874 197 – 23 €

(à paraître le 21/09) Boris Akounine – Aristonomia – trad Yves Gauthier – Louison Editions – 9791095454168 – 24 €

(à paraître le 24/08) Thomas Wolfe — Look Homeward, Angel — Editions Bartillat — 9782841006328 — 22 €

 

Le catalogue des nouveautés éditeurs de la rentrée littéraire 2017


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