Asimov, Wolf et Ellison dans le talk-show de Studs Terkel

Julien Helmlinger - 07.05.2013

Edition - International - Harlan Ellison - Isaac Asimov - Studs Terkel


Retour sur les années 1980 et ce que les tubes cathodiques vintage, du « téton de verre » de l'époque, pouvaient renvoyer de plus haut en couleur. Tandis que sur le plateau de la chaîne télévisée ARTS, Alpha Repertory Television Service, le journaliste Louis « Studs » Terkel recevait des maîtres incontestés de la Science-Fiction. Harlan Ellisson, Gene Rodman Wolf et Isaac Asimov, tombés tous trois très jeunes dans la 5e dimension. Des ténors du genre, qui ne manquèrent pas de relever le caractère aseptisé de l'émission culturelle.

 

 

 Ellison et son épouse Susan

 

À l'aube des 80's américaines, les chaînes de la télévision câblée faisaient tout juste leur entrée en scène, visant des niches d'audiences bien particulières. Alpha Repertory Television Service était l'un de ces embryons, axé culture intellectuelle, et diffusant notamment opéras et autres symphonies classiques.

 

Or, voilà qu'un beau jour de 1982, les plateaux de ARTS ont soudainement viré Space Opera, à l'occasion du tak-show animé par ledit Studs, épaulé par Calvin Trillin. Programme baptisé « Nightcap », ou bien plutôt « Bonnet de nuit » pour les francophones. Sur le plateau, les invités que l'on ne présente plus aujourd'hui, avec la science-fiction au premier plan.

 

Isaac Asimov, Harlan Ellison et Gene Wolfe. Un trio d'orateurs chaud comme la braise, capable de faire oublier la soporifique mélodie du jingle de l'émission. Comme si ce soir là, le marchand de sable s'était définitivement trompé de marchandise.

 

Au cours des échanges, on apprend que Harlan Ellison, qui pour l'anecdote venait de prendre la fuite des locaux de Grosset & Dunlap, via un monte-charge, après avoir agressé son éditeur, dédaignait catégoriquement le terme de « science-fiction ». Selon lui, le registre à long terme serait plus justement défini par le qualificatif « horreur ». L'écrivain expliquant à ses interlocuteurs : « J'écris une sorte de fantaisie surréaliste, mais ils ne peuvent pas mettre 'fantaisie surréaliste' sur un livre de poche. »

 

Mais quand Studs Terkel interroge Isaac Asimov sur le terme de SF, ce dernier semble en parfait désaccord avec son pair écrivain. Ainsi confie-t-il : « J'aime ça. C'est là dedans que j'ai grandi en lecture et en écriture. Et je suis très ouvert d'esprit sur le terme de 'science-fiction'. Je vais inclure dans la 'science fiction' tout ce que veut Harlan. »

 

Interjection d'Ellison en retour : « Je t'aurai plus tard. » Mais le législateur de la robotique de préciser le fond de sa pensée : « C'est juste que mon sentiment personnel est que la meilleure 'science-fiction' implique la science. » Opposant ainsi sa vision du genre au film alors tout frais, Alien, que le maître qualifiait d'une simple aventure sinistre qu'on aurait mise en orbite dans l'espace.

 

Un débat qui allait finalement se laisser dériver vers la prophétisation, quant aux futures gloires et échecs du registre littéraire. 

 

Ci-dessous, une invitation à voyager dans le temps à l'occasion d'une vidéo de l'émission :

 


 

Via le Los Angeles Times.