Asli Erdogan désormais autorisée à voyager hors de Turquie, mais le procès reste

Nicolas Gary - 22.06.2017

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Ce 22 juin marquait une date importante pour l’auteure Asli Erdogan : arrêtée le 16 août 2016, et détenue par les autorités turques, elle est devenue le symbole d’un État oppresseur, avide de réprimer la liberté d’expression. Au terme de la nouvelle audience qui se tenait aujourd’hui, l’interdiction de voyage qui pesait a été levée.



 

 

Accusée de diffuser de la propagande terroriste, Asli Erdogan avait été libérée de prison en décembre dernier. Mais les accusations restaient, auxquelles s’ajoutait cette interdiction de quitter le territoire. La décision rendue par le tribunal d’Istanbul ce jour a fini par lever cette restriction.

 

Cela permettra enfin à l’auteure de pouvoir se déplacer à l’étranger, et notamment venir recevoir les différents prix qu’elle avait reçus. Une liberté chèrement reconquise, alors qu’elle avait passé 132 jours en prison, dans des conditions exécrables. Une détention provoquée par son implication dans un journal, aujourd’hui fermé, dont Ankara estime qu’il sert de propagande à PKK, parti des travailleurs du Kurdistan. 

 

De l’avis de nombreux observateurs, et experts juridiques, le procès qui s’en était ouvert était tout à la fois contraire à la constitution turque, mais également à la Convention européenne des Droits de l’Homme.

 

Symbole, Asli Erdogan n’était pourtant pas seule : la traductrice de 70 ans, Necmiye Alpay, a également vu l’interdiction de voyager levée. 

 

Cependant, pour les deux femmes, les accusations portées restent d’actualité : dans la plus sinistre des conclusions, leur condamnation pourrait impliquer un emprisonnement à perpétuité. Leur détention avait déclenché un tollé international et amplifié les préoccupations que le comportement du président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait provoquées. 

 

En effet, suite au coup d’État manqué qui avait frappé en juillet 2016, de nombreuses arrestations étaient survenues, de même que des maisons d’édition et des journaux avaient été fermés. Sans autre forme de procès. 
 

Asli Erdogan durant son procès : “Je vais m’exprimer comme si le Droit existait…”


À différentes reprises, l’auteure avait dénoncé la situation dans son pays, que son emprisonnement rendait plus manifeste encore. « Voilà 10 ans, la vie était bien plus paisible et plus libre en Turquie. » Et d’ajouter que le pays ressemblait désormais à un grand camp de concentration : depuis le coup d’État, les pressions et menaces exercées contre les populations se sont accrues.

 

Le système judiciaire en est arrivé à ce stade que « les gens sont arrêtés sans même savoir pourquoi. Et ils ne savent ni quand ni s’ils pourront jamais sortir. Croyez-moi, bientôt nous serons arrêtés pour un demi-point d’exclamation ou la moitié d’un point virgule ».

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