Assises des bibliothèques : état des lieux du service public

Julien Helmlinger - 09.12.2014

Edition - Bibliothèques - Assises des bibliothèques - Prêt - Ministère de la Culture


Ce lundi, au sein de l'auditorium de la Cité de l'architecture et du patrimoine, se sont tenues les Assises des bibliothèques, organisées par la rue de Valois, qui invitaient les professionnels et les politiques à débattre de la place du service de prêt dans le XXIe siècle. Les tables rondes concernaient quatre grands thèmes : la nouvelle donne territoriale, le cadre législatif et réglementaire, les nouvelles missions et nouveaux publics, et les services numériques. À l'issue de la journée, Fleur Pellerin a signé un accord sur les recommandations touchant au prêt numérique.

 

Crédits Ministère de la Culture

 

 

En cette fin d'« année des bibliothèques », telle que l'avait souhaitée Aurélie Filippetti, a été dressé un état des lieux du premier réseau culturels à la disposition des habitants : en 2014 ont été recensés sur l'ensemble du territoire 16.300 services de prêt publics et autres points d'accès au livre, fréquentés par environ 15.000 usagers. Près de 85 % des Français disposent ainsi d'une bibliothèque en leur commune, mais les situations sont hétérogènes, car les collectivités locales mènent chacune des politiques différentes et ne disposent pas des mêmes équipements.

 

Comme le présentent les intervenants, en période de mutations, le territoire est maillé, mais il reste encore à définir : en termes d'accessibilité, de nouvelles missions, notamment numériques, mais aussi de cadre législatif, alors qu'une réforme territoriale est annoncée. Depuis les lois de la décentralisation, de 1983-1986, les services relèvent des collectivités territoriales, dont ils représentent une part importante des dépenses culturelles. Mais l'approche juridique est complexe, impliquant intercommunalités, départements et métropoles.

 

Un cadre législatif et juridique complexe

 

Les politiques culturelles se sont souvent bâties sans lois, par diverses initiatives et notamment bénévoles, et une harmonisation des services serait délicate. C'est pourquoi la profession demande de la souplesse aux élus, dans le cadre de la réforme territoriale. Les enjeux sont nationaux, mais les répercussions locales, aussi l'inventivité émerge généralement au niveau local tandis que l'État apparaît plutôt comme un garant du sens des politiques des bibliothèques. Il peut réduire les inégalités, apporter conseils et formations à décliner.

 

Quant à savoir s'il faudrait une loi pour les bibliothèques, les avis sont partagés. Au Royaume-Uni, les lois n'empêchent pas les fermetures de services. Des réglementations pourraient certes donner davantage d'uniformité, mais avec le risque de figer les bibliothèques en devenant un jour obsolètes.

 

Une dimension sociale à consolider

 

La bibliothèque aujourd'hui est une institution dont l'action dépasse le cadre du prêt, sa mission historique, pour constituer un espace social à la fois d'intégration et d'émancipation. Mais dont la fréquentation stagne et qui cherche encore les moyens de toucher de nouveaux publics. Dans notre société le temps libre a augmenté, tandis que les lieux de rencontre et de sociabilisation tendent à disparaître dans les zones faiblement urbanisées. La bibliothèque devient en quelque sorte « le living-room de la cité ».

 

En conséquence, comme le présente Anne Verneuil, présidente de l'ABF, la bibliothèque « doit être exempte de toute forme de censure ou de pression commerciale. [...] On s'appuie sur des textes pour construire sa déontologie », comme la Déclaration de Glasgow visant à permettre à chacun de se forger sa propre opinion, mais cette optique de pluralisme « nécessite un débat ». L'accessibilité est indispensable à tous les publics, tandis que le service minimum à travers le territoire devrait être assuré en démocratie.

 

La crise économique est une réalité, mais la question d'une meilleure ouverture des bibliothèques, avec des horaires plus adaptés à la population, question soulevée l'an dernier, reste d'actualité. Une problématique à laquelle s'ajoute celle d'attirer de nouveaux publics parmi les plus défavorisés où les jeunes auprès desquels les bibliothèquent peuvent parfois souffrir d'un certain déficit d'image.