Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Athènes : un libraire refuse de vendre les mémoire d'un terroriste

Louis Mallié - 14.03.2014

Edition - International - Athènes - Terrorisme - Livanis


Le succès des mémoires de Dimitris Koufontinas Né le 17 novembre édité chez Livanis, a ravivé en Grèce les débats sur la démocratie, indique l'AFP. L'auteur, qui purge depuis douze ans une peine de prison à perpétuité, y raconte son parcours au sein de l'Organisation révolutionnaire du 17 novembre (17-N), une société clandestine, créée en 1975.

 

 

 Jean-Pol GrandMont, domaine public.

 

 

Reconnu coupable de onze meurtres et de nombreux attentats, l'ancien chef opérationnel de l'organisation terroriste raconte son histoire. L'ouvrage s'est déjà écoulé à 15.000 exemplaires en cinq jours, un chiffre relativement haut dans un pays où les ventes de livre ne sont habituellement pas au beau fixe. Pour autant, la librairie Free Thinkng Zone d'Athènes refuse de vendre le livre.

 

« Comment une maison d'édition grand public se permet-elle de publier ce livre ? Donner la parole à un terroriste n'équivaut-il pas à la promotion de la violence ? », se sont interrogés les participants d'un débat organisé mardi soir dans les locaux de la librairie. « Free Thinking promeut la culture. Dans cette librairie, la violence est censurée » a lancé la directrice et fondatrice de la librairie Areti Georgili.

 

Au cours de la discussion, l'éditeurs a même été accusé de « de vouloir faire de l'argent avec le récit d'un serial-killer ayant agi sous couverture révolutionnaire », ou encore « d'exploiter la douleur des victimes ». Ce dernier, qui avait anticipé les accusations, se défend dans la note d'introduction de l'ouvrage. Il argue d'une « fidélité au principe d'enquête sur les périodes critiques ». D'ailleurs, la publication des mémoires ne signifie pas qu'il « partage ou s'identifie aux pensées des auteurs », souligne-t-il.

 

Le juriste Dimitris Christopoulos, responsable de la section grecque de la Ligue des Droits de l'Homme à Athènes précise que « chacun est libre de vendre ce qu'il veut », mais que l'annonce publique que cette librairie «ne vend pas de Koufontinas » est « dangereuse (...), car le dialogue public se restreint ».

 

Du côté des lecteurs, l'intérêt du livre semble être suscité par la particularité de son auteur et la fracture de la société grecque qu'il a cristallisée dans le passé. « J'ai acheté le livre par curiosité pour comprendre le parcours de cet homme, sa dérive. Je me retrouve dans ses combats de jeunesse, je veux comprendre la suite de son parcours », explique Kostas P., un des milliers de Grecs qui s'est précipité pour acheter l'ouvrage. 

 

Un aspect documentaire, donc, qui ne semble cependant pas au goût de nombre de Grecs. « Certains plaisantent autour de cercueils. Nous en sommes tous responsables », a lancé lors de la discussion, le maire d'une petite commune du pays dont le père a été assassiné par 17-N.