Attraper la tuberculose en bibliothèque, ou les livres vecteurs de maladies

Nicolas Gary - 31.08.2019

Edition - Bibliothèques - maladie livres contamination - tuberculose bibliothèques - germes infection public


Les livres peuvent-ils tuer ? Le 12 septembre 1895, une citoyenne du Nebraska nommée Jessie Allan mourut de la tuberculose – cause de décès fréquente à cette époque. Mais la bactérie Mycobacterium tuberculosis, à l’origine de la maladie, provenait d’une source étrange : ancienne bibliothécaire, elle aurait contracté la tuberculose… par les livres.  

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Charles Hackley, CC BY 2.0


Ah, les horribles dangers de la lecture ! En octobre de la même année, le Journal Library, qu’éditait l’American Librarians Association, communiquait une nécrologie pour saluer la mémoire de cette bibliothécaire… Mais plus encore, parce que son décès avait provoqué de vives discussions sur la possibilité d’infections et de contaminations par le biais de livres présents dans les bibliothèques. 
 

Une désertion des bibliothèques ?


Une grande frayeur a fini par gagner la communauté, à ce tournant des deux siècles : les bibliothécaires se sont mis à redouter que le décès ne dissuade les gens d’emprunter des livres — entraînant un déclin du soutien financier accordé aux bibliothèques publiques. 

« Peut-être qu’il y a un danger [des livres] ; depuis que le bacille a été découvert, on se rend compte qu’il peut se cacher dans des endroits alors insoupçonnés. Mais le plus grand danger, peut-être, consister à surestimer cette source de danger, et de faire peur aux gens, qui sont déjà nerveux », poursuit le Library Journal.

Et les institutions frémissaient elles-mêmes : après tout, la tuberculose était connue de longue date, mais il faudra attendre la première moitié du XIXe siècle pour que les recherches et les traitements ne surviennent… en Europe. La première méthode thérapeutique fut mise au point par un Italien, Carlo Forlanini, en 1894…

Les épidémies de tuberculose, variole et scarlatine avaient encore des conséquences terribles en milieu urbain — et entre 1880 et 1920, comptaient encore parmi les maladies mortelles. Qu’on puisse attraper l’une d’entre elles en feuilletant les pages d’un livre devenait critique. Le recours à des bibliothèques publiques — leur création même — était d’ailleurs très récent. 
 

La contamination par les pages


Le doute devenait permis : qui donc avait manipulé en dernier lieu l’ouvrage qu’on s’apprêtait à ouvrir ? Ces objets, semble-t-il inoffensifs, abritaient-ils des maux terrifiants ? Déjà, l’inhalation de la poussière de livres provoquait des débats de santé publique : certains affirmaient qu’on pouvait même développer un cancer, en touchant une page sur laquelle un cancéreux aurait expectoré.

Il est à souligner qu’une loi britannique datée de 1875, interdisant de prêter des vêtements, des linges de literie et autres, pour des questions de salubrité, fut mise à jour en 1907. On y ajouta une référence explicite aux risques de propagation de maladies par le prêt de livres. Les personnes malades étaient interdites de prendre ou restituer des ouvrages aux bibliothèques — avec des amendes de 180 €…

Aux États-Unis, la législation sur le sujet a été laissée aux bons soins des États — et nombre d’établissements furent sommés de désinfecter les livres soupçonnés d’être porteurs de maladies. Le tout avec des remèdes qui laissent songeurs. Pendant ce temps se multiplièrent les expérimentations qui parvenaient toutes à la même conclusion : le risque, si minime soit-il, de contamination, ne saurait être éludé.

Tant en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis, on brûla des livres pour prévenir de la propagation redoutée…

Il fallut attendre que le temps passe pour que la voix de la raison ne revienne : après tout, les bibliothécaires ne semblaient pas particulièrement sujets aux maladies, alors qu’ils étaient en contact direct avec les livres. Avec le temps, les craintes se sont apaisées, et la panique s’est estompée. 

La tuberculose avait été surnommée « peste blanche », au XVIIe siècle, référence directe à la peste noire qui sévissait en Europe à la même époque : on comprend que des traumatismes profondément ancrés aient pu générer quelques débordements...


via The Smithsonian Mag


Commentaires
Salut Nicolas, merci de ne pas participer à la désinformation (ou Fake News...)

Continuez à LIRE et arrêtez de vous laisser manipuler wink

Salutations 😉
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