Lecture en prison : plus de bienfaits que de risques

Antoine Oury - 13.01.2015

Edition - Société - lecture prison - ONG Sipar Cambodge - Royaume-Uni Chris Grayling


Si le livre a bien sa place quelque part, excepté dans une bibliothèque, c'est au sein des lieux de privation de liberté. En Italie, au Brésil et dernièrement en France, des programmes de réduction de peine contre des heures de lecture ont été mis en place, tandis que les organisations non gouvernementales concentrent leur action contre l'illettrisme derrière les barreaux. Mais, au Royaume-Uni, des mesures sécuritaires entravent l'action des ONG.

 


Old Geelong Gaol 10

(jmiller291, CC BY 2.0)

 

 

Au Cambodge, l'organisation non gouvernementale Sipar (Soutien à Initiative Privée pour l'Aide à la Reconstruction des pays du Sud-Est asiatique) lutte contre l'illettrisme, en concentrant notamment son action au sein des prisons du pays. Sur les 23 provinces du pays, Sipar en a investi 17, ainsi que Phnom Penh, avec 21 prisons équipées d'un espace de lecture.

 

« Alors que la majorité des détenus n'avait jamais ouvert de livre avant leur détention, une fois en prison, vu le temps dont ils disposent, beaucoup deviennent de vrais lecteurs », explique Hok Sothik, directeur du Sipar, auprès du Petit Journal. D'après lui, les gardiens de prison convertis en bibliothécaires bénéficient de relations plus apaisées avec les détenus, dans un cadre plus propice à l'échange.

 

Le Sipar travaille avec le Département général des prisons du pays, et bénéficie du soutien de l'Union européenne, de l'agence française de développement et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies.

 

Plus proche de nous, au Royaume-Uni, le secrétaire d'État à la Justice Chris Grayling avait interdit début 2014 les envois de livres aux prisonniers, en justifiant cette mesure par la lutte contre les substances et objets interdits dans les lieux de privation de liberté. En décembre dernier, cette décision était qualifiée d'illégale, et suspendue. 

 

« Je ne vois aucune bonne raison, à la lumière de l'importance que les livres ont pour les prisonniers de limiter au-delà de ce qui est requis [...] la fréquence d'envoi des colis », expliquait le juge. Depuis, Andy Slaughter, secrétaire d'État à la Justice de l'opposition, a obtenu le montant de l'amende payée par le ministère de la Justice, pour cette décision illégale : 72.000 £, qui viennent condamner un peu plus ce type de mesure sécuritaire, rapporte The Independent.

 

Les derniers rapports en date évaluaient le niveau d'alphabétisation de la population carcérale d'Angleterre ou du Pays de Galles comme inférieur à celui d'un enfant de 11 ans. 

 

En juillet dernier, le projet de réforme pénale, Prévention de la récidive et individualisation des peines, était adopté par le Parlement français et incluait, suite à un amendement déposé par l'UMP, certaines mesures visant à améliorer la réinsertion dans la société des anciens détenus. Le texte définitif présenté au Sénat faisait apparaître le paragraphe suivant :

 

Ainsi, il apparaît nécessaire d'encourager les personnes détenues qui s'inscrivent dans une démarche pour apprendre à lire, écrire et calculer ou pour participer à des activités culturelles, notamment par l'octroi de réductions supplémentaires de peine.

 

 

La lecture fera partie de ces activités culturelles, selon des modalités qui restent à définir. Dès juin 2012, les pouvoirs publics brésiliens avaient décidé de mettre en place un programme, Rédemption par la lecture, sur le principe de 12 livres lus maximum par an, pour obtenir 48 jours de remise de peine