Au coeur des sociétés matriarcales : Les Khasi, la terre et le peuple

Auteur invité - 26.09.2019

Edition - Les maisons - sociétés matriarcales - khasi terre peuple - matriarcat étude anthropologie


Dans le cadre de son étude Les sociétés matriarcales, ou matrilinéaires, la féministe allemande Heide Göttner-Abendroth s’est penchée sur une multitude de groupes ethniques. Grâce aux éditions des femmes – Antoinette Fouque, ActuaLitté propose de découvrir les bonnes feuilles de cet ouvrage indispensable. Aujourd'hui, un regard sur les Khasi, ethnie de l'Inde.


Bogman, CC BY 4.0

 
Pour chaque Ka Iawbei Tynrai, « grand-mère des racines », aïeule de chaque clan khasi 


C’est dans les Khasi Hills de l’Assam (Meghalaya), qui s’élèvent à plus de 1 800 mètres entre les grands fleuves du Brahmapoutre et de l’Irrawaddy, que vivent les Khasi ; ils ont conservé leur façon de vivre traditionnelle jusqu’à nos jours. Leur organisation sociale et leur mode de vie traditionnels sont pour nous un bon modèle de reconnaissance des éléments spécifiques du matriarcat, qui nous servira à identifier ceux-ci dans d’autres contextes. 

Les Khasi forment un sous-ensemble des Wa, qui peuplaient jadis toute l’Indochine. Les Wa sont considérés comme étant les peuples autochtones de toute la zone qui s’étend des montagnes de l’Inde orientale à celles de l’Indochine et aux hautes montagnes de la Chine occidentale. Aujourd’hui, les Wa se rencontrent seulement dans des tribus dispersées dans des refuges montagneux, après qu’ils ont été décimés, déplacés ou assimilés par les envahisseurs aï, Shan, Laotiens et Siamois.

L’un de ces groupes de Wa, peuples autochtones de cette région, est celui des Khasi, qui, dans des temps reculés, sont descendus du nord-est, sur les fleuves et les rivières de l’Himalaya, et se sont établis sur de vastes pans de territoire de l’Inde orientale (ainsi qu’en témoignent les découvertes archéologiques et les mythes issus de la tradition khasi). Palaung, Bahnar, Stieng, Koch et Kha sont des peuples également liés aux Khasi, de même que les Khasi et les Moï du Laos ainsi que tous les peuples qui appartiennent au groupe des langues austro-asiatiques. C’est dire que tout ce qui est ici écrit concernant les Khasi s’appliquait fort probablement à tous les peuples de l’Inde orientale et de l’Indochine au Néolithique et bien longtemps après cette période (voir carte). 



 
Ils sont apparentés non seulement à l’ancien peuple Birman des montagnes, mais également aux anciens peuples tibétains des montagnes. Bien qu’originaires de Mongolie, ils n’affichent pas de traits mongols prononcés ; ils ont plutôt la peau claire, de grands yeux ronds sans pli épicanthique, et un port altier. Cela aussi signale leur ancien lignage, puisque les traits mongols sont le fruit d’un développement spécifique plus tardif chez les peuples d’Asie centrale, alors que les Khasi — et de nombreux autres peuples — sont supposés avoir quitté l’Asie centrale avant que cette spécificité n’apparaisse. 

Les femmes khasi portent traditionnellement de longs vêtements colorés ; lors des danses festives, elles arrivent telles des reines, parées de robes précieuses et de couronnes d’argent ou d’or ligrané. On les dit aussi fortes et musclées que les hommes. Elles sont capables de porter jusqu’au marché de lourdes charges qu’aucun hindou des plaines ne pourrait seulement soulever. On rapporte de même que les femmes du Tibet sont capables de porter d’incroyables fardeaux en équilibre sur une longue tige posée sur leurs épaules, tandis que les femmes khasi transportent leurs chargements dans des paniers coniques munis d’une sangle.

Elles franchissent ainsi chargées de hauts cols et des torrents impétueux, tout en portant un enfant sur le dos. Sans rien avoir à porter, des Européens seraient exténués par le trajet que les femmes khasi et tibétaines effectuent chaque jour sans montrer aucun signe de fatigue. Ces peuples ne considèrent pas les femmes comme des êtres faibles ; ils leur attribuent une force égale et même supérieure à celle des hommes4. 

Les Khasi Hills offrent un paysage de montagne désolé, et à présent morne et rébarbatif. La saison sèche se caractérise par des gelées nocturnes et un vent incessant, tandis que la saison des pluies déverse sur ces contreforts de l’Himalaya les précipitations les plus fortes qui soient au monde. Il pleut sans discontinuer pendant des mois, sans aucun répit — ce qui a valu à cette région son nom de « demeure des nuages ».

Les villages khasi trouvent refuge, à l’abri du vent et du froid, dans les profondes vallées des montagnes où le riz est cultivé sur des terrasses escarpées ; les techniques de coupe et brûlis sont utilisées pour la culture du blé dans les bois situés plus bas. À proximité de chaque village se trouve un bosquet sacré, généralement constitué de chênes, où aucun arbre ne peut être abattu. Porcs et poules sont main — tenus auprès des maisons, et un intérêt particulier est accordé aux chèvres ; seules les plus basses altitudes permettent parfois d’élever du bétail. 

Les Khasi sont à l’origine un peuple d’agriculteurs. Mais, au cours de leur histoire, ils ont développé un commerce très actif, y compris pour les peuples de la basse plaine du Brahmapoutre. Le marché, auquel participent aussi bien les femmes que les hommes, est d’une grande importance. Toute fête saisonnière s’accompagne d’un vaste marché, ou d’une foire, où un grand nombre de gens se rassemblent, en particulier les membres du clan, venus de tous les horizons.

Ces foires, en raison de la communication et des échanges animés touchant tous les domaines de la vie qu’elles permettent, peuvent être comparées à une célébration, puisqu’elles sont, de par leur association avec les fêtes, des événements à la fois profanes et sacrés5. Elles n’ont par conséquent rien de commun avec les marchés capitalistes actuels, centrés exclusivement sur la maximisation des profits. 


Heide Goettner-Abendroth ; Saskia Walentowitz ; trad. Camille Chapla – Les sociétés matriarcales ; recherches sur les cultures autochtones à travers le monde – Des Femmes Antoinette Fouque – 9782721007018 – 25 €


Dossier - Les sociétés matriarcales : les cultures autochtones dans le monde


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