Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Au-delà du raisonnable, le côté obscur de la littérature

Elodie Pinguet - 16.12.2016

Edition - Les maisons - Au-delà du raisonnable - éditions romans noirs - littérature visuelle


RENCONTRE – Spécialisées dans la littérature noire, les éditions Au-delà du raisonnable, ont été créées en 2010 par Véronique Ducros, une ancienne journaliste. Elle nous a ouvert les portes de son « laboratoire de recherche » parisien, où travail et rêve sont l’aboutissement d’une passionnée de lecture.

 

Véronique Ducros

 

 

Véronique Ducros commence sa carrière en tant que journaliste dans un grand groupe. Lectrice avec la volonté de se lancer dans une petite structure d’édition elle inaugure fin 2010 les éditions Au-delà du raisonnable, pour « éditer les livres que je rêvais de lire, c’est une envie de lectrice couplée à une envie de journaliste ». Elle apprend au fur et à mesure des problèmes, des solutions et sa maison « est un peu un laboratoire de recherche avec des preuves à apporter ». 

 

Le lancement officiel se fait en 2011 avec la commercialisation de quatre auteurs différents : Gilles Del Pappas, François Thomazeau, Erica Wagner (roman étranger, traduit par Judith Strauser) et Catherine Diran. Généralement, ses auteurs publient également autre part en parallèle de sa maison. Actuellement Véronique Ducros compte environ six auteurs.

 

Une spécialiste de la littérature noire

 

Elle associe son expérience au sein des médias dans sa mission d’éditrice et se lance dans une ligne de fiction à travers le roman noir, « dans son acception très large, du roman social, le roman policier, le roman mystérieux, gothique, psychologique, mais toujours ancré dans un contexte, pas forcément actuel, mais généralement dans le bouillonnement politique, social et culturel du 21e siècle ».

 

Les propositions de manuscrits lui sont envoyées par PDF. Parmi eux, beaucoup de romans policiers. Mais Véronique Ducros prône un certain type de policier, différent du traditionnel enquêteur qui appréhende le criminel, le polar humaniste : « L’individu n’est pas totalement coupable de ce qu’il se passe, la société n’est pas totalement responsable. On reste très orienté sur la part des hommes et sur leurs choix dans ces romans. Dans les thrillers c’est le serial-killer qui a sur ses épaules toute la responsabilité de l’horreur alors que dans le polar humaniste tout est plus complexe et donne des choses moins sanglantes. »

 

 

 

Dans sa démarche, Véronique Ducros a la volonté de publier environ six livres par an. Les débuts furent difficiles, elle passe de l’autodiffusion à des petits diffuseurs. Aujourd’hui une nouvelle page se tourne pour l’éditrice puisqu’à partir de janvier 2017, ses livres seront diffusés par Harmonia Mundi : « C’était une structure avec qui je comptais de travailler depuis que j’ai ouvert la maison d’édition. Pour moi la pérennisation commence ici. J’ai maintenant le partenaire qui permettrait aux livres de rencontrer le succès. »

 

Le premier livre distribué sera Aux vents mauvais, un polar d’une saga d’Elena Piacentini, qui publie son quatrième roman aux éditions Au-delà du raisonnable. Le premier tirage se fera à 3000 exemplaires.

 

Une aventure « au-delà du raisonnable »

 

La force de sa petite maison d’édition, c’est certainement son passé dans les médias, qui a apporté un œil nouveau sur l’aventure : « En arrivant, j’ai eu un regard de journaliste sur l’édition où il y a quand même des choses qui sont assez aberrantes. Par exemple des rôles qui me paraissent inversés : souvent les éditeurs se posent en passeurs de textes et les libraires en gestionnaires du risque, alors que c’est complètement le contraire, le texte n’est transmis qu'après être arrivé dans les mains du lecteur. D’ailleurs les vrais libraires sont des passeurs de textes, les autres sont plutôt des vendeurs de livres. »

 

Au-delà du raisonnable, quel nom mystérieux pour une maison d’édition ! Mais attention, il n’a pas été choisi par hasard : « Pour moi ça représente la liberté, celle de sortir d’une grande société pour me retrouver toute seule aux manettes. Lorsque je suis partie de la presse, on me disait à la fois que j’étais courageuse, mais aussi que j’étais folle. C’était au-delà du raisonnable. »

 

Cette idée s’est imposée peu après, quand elle a entendu une interview de Jean Rochefort qui disait « Je pense que je suis branché un peu au-delà du raisonnable. » Tout est possible, il ne faut pas se fixer de limites, car rien n’est défendu, « si l’on trouve l’harmonie derrière des frontières, il ne faut pas s’interdire d’y aller sous prétexte qu’on a instauré ces frontières ».

 

La force de la littérature visuelle

 

Après le roman noir, l’ancienne journaliste décide de son lancer dans la littérature visuelle de par sa « grosse appétence pour l’image ». Le livre est un moment magique où la plupart des lecteurs font des films dans leur tête d’après ce qu’ils sont en train de lire.

 

C’est un peu l’idée qui transparaît dans les littératures visuelles : « L’idée c’était de s’emparer d’une histoire, on ne va pas publier de monographie d’un photographe, mais on cherche vraiment un fil conducteur. On chapitre le livre, les contributions textes sont au début et faites par des écrivains. De plus les œuvres ne sont pas légendées, elles se racontent toutes seules. Ce que je voulais c’est qu’un auteur d’images s’empare d’un sujet. »

 

Le premier livre, Bolshoï Underground nous transporte dans la vie animée d’un théâtre et de ses coulisses, « on regarde les photos et on sent la poussière et le manque de lumières. C’est ces divas qui errent, pas maquillées, pas forcément habillées et qui regardent le photographe de haut ». En somme des moments fugaces capturés qui nous plongent au cœur de l’action : « C’est le squelette du théâtre, comme une ville où l’on apprend que la doyenne a été danseuse étoile avant de devenir habilleuse, qu’elle a maintenant 90 ans et a vécu dans le Bolshoï. »

 

Un second projet est en cours et normalement prévu courant 2017 à propos d’un roleiflex des années 60 trouvé dans un canal parisien peu après les attentats : « On assiste à la résurrection de cet appareil et à celle, à travers les photos qui sont prises avec, d’une vision du Paris populaire de maintenant. C’est un Paris noir, blessé. »

 

Plus qu’une petite maison d’édition, Au-delà du raisonnable se veut porteuse « d’histoires fortes avec un regard tourné vers l’extérieur ». Grâce à Harmonia Mundi, la maison rentre dans la cour des grands et promet de belles choses pour l’avenir grâce à des auteurs engagés et une éditrice passionnée.