Au Divan du Monde, accords sur le soutien à Virgin

Antoine Oury - 13.03.2013

Edition - Economie - Virgin Megastore - Divan du Monde - soutien aux salariés


Les salariés des magasins Virgin de l'Hexagone préparent le coup depuis des semaines : un concert au Divan du Monde, des artistes bénévoles et attachés à la chaîne comme à ceux qui l'animent, et surtout un rappel envoyé aux médias et à l'opinion publique quant au combat pour la reprise de l'enseigne rouge.

  

 

Le Virgin Band, composé de Gilets rouges

 

 

Bien qu'il soit légèrement dépité du faible nombre de passes "Presse" distribués (on confirme qu'iTélé ou BFM ont préféré la neige), Loïc André regarde avec fierté la scène, depuis l'étage du Divan du Monde : « Avec l'aide du Divan et de Star's Music pour les instruments, nous avons pu rassembler une scène éclectique, avec des artistes proches de l'enseigne », souligne le Gilet Rouge, dont les collègues, réunis en Virgin Band, ouvrent la soirée avec 4 reprises de standards du rock à la sauce lutte sociale. « Soyez des working class heroes ! » lance Philippe pour faire réagir la foule. « Rien n'est fait, rien n'est perdu, rien n'est gagné » poursuit Olivier, qui commence à prendre le coup de micro en maître de cérémonie.

 

Outre un rassemblement prévu le 21 mars devant le Tribunal de Commerce à l'occasion d'une audience intermédiaire, le 5 avril se rapproche, désormais. À cette date, les noms des potentiels repreneurs, ainsi que leurs offres, seront connus.

 

Effectivement, la scène change rapidement de tonalité : du britrock de Sutcliffe, on passe aux sirènes et au vocodeur de Mokobé, Leslie passe faire un fuck et une reprise du Try de Pink, avant que The Pragmatiks ou Sutcliffe ne remettent une couche de décibels. Le principe est simple : 2 chansons par artiste (le rappeur Guizmo en balancera finalement une supplémentaire), des hits, des reprises ou des compositions originales.

 

Et quelques mots, qui soulignent souvent l'importance de ces disquaires pour la musique des artistes et sa promotion, et reviennent sur des complicités qui se sont créées, comme au magasin de Barbès où Mokobé et Guizmo ont leurs entrées. « Je ne suis pas un grand acheteur de CD, mais beaucoup de gens m'ont donné la chance de promouvoir ma musique chez Virgin, notamment à des moments où il n'y avait rien à gagner à miser sur moi, à la sortie de La Banquise. Et puis c'est sympa de voir que l'on peut encore rassembler les genres pour une cause, sans a priori », nous précise ce dernier.

 

 

 

Photos par Maureen Barruel

 

 

Voilà qui casse l'image de l'immense chaîne de magasins, aux rythmes et aux salariés industrialisés, standardisés. Si la communication entre les employés du Virgin Mégastore des Champs-Élysées et sa direction est rarissime, les différents magasins de France se fédèrent, et le processus de reprise engage leur avis. « Nous avons rencontré l'administrateur judiciaire chargé du dossier à deux reprises pendant des CE », explique Loïc Delacourt, chargé du rock, du jazz, du classique depuis 25 ans chez Virgin, élu au comité d'entreprise et DP Champs CFE/CGC. 

 

Si l'abandon des indemnités supra-légales a sérieusement refroidi les employés au début des négociations, ils ont désormais la sensation que « le dialogue est rétabli » avec Walter Butler : si la convention de l'audiovisuel à laquelle souscrivent les Virginiens n'est pas des plus avantageuses, elle garantit tout de même une part du salaire selon les mois d'ancienneté. Dans l'intérêt du fonds d'investissement, définir un repreneur serait le plus judicieux, et le plus économique...

 

« Les premières semaines ont été compliquées, parce que les fournisseurs ont rechigné à nous livrer, et les réassorts ont été considérablement retardés. Les grandes structures ont joué le jeu, les

petits parfois un peu moins... » Les salariés regardent de l'autre côté de l'Atlantique, la chute de HMV et le single que McCartney devrait bientôt sortir en soutien... Et espèrent un sursaut similaire en France, façon dédicace de Dominique A aux dernières Victoires de la Musique.

 

Le soutien des politiques compte évidemment pour beaucoup dans la lutte, mais se caractérise par sa volatilité : « Au départ, les ministres ont été supers, avec une réception en grande pompe et un bon contact à la clé. La deuxième réunion a été moins engageante, mais la troisième, avec un assistant d'Arnaud Montebourg, a été positive. Nous comptons aussi sur les élus de la Ville de Paris pour les Champs, mais ils ne peuvent pas faire grand-chose face aux boutiques de vêtements » détaille Loïc Delacourt.

 

Début avril, les salariés seront à nouveau consultés par l'administrateur judiciaire pour rendre un avis sur les offres de reprise.