Au Kansas, une loi de protection des mineurs flirte avec la censure

Antoine Oury - 03.03.2015

Edition - Société - État-Unis Kansas - censure liberté d'expression - professeur école jeunesse


Le 25 février dernier, le Sénat de l'État du Kansas adoptait une loi de protection de la jeunesse perçue comme liberticide par ses détracteurs. Pour éviter que des contenus jugés pornographiques ne soient mis entre les mains des élèves, il est désormais possible d'attaquer un professeur pour ce motif. Le corps enseignant s'inquiète, alors que des ouvrages étudiés en cours sont régulièrement taxés de pornographie par des parents d'élèves ou des politiques.

 


(Self) Censored

L'autocensure des enseignants serait de mise au Kansas (Carolyn Tiry, CC BY-SA 2.0)

 

 

Au Kansas, les professeurs réfléchissent désormais à deux fois au moment de définir le programme des œuvres étudiées avec leurs élèves. La loi adoptée par le Sénat de l'État fait suite à une polémique survenue en 2013 : un professeur avait affiché un poster intitulé « Comment les individus expriment leur désir sexuel ? » L'affiche listait un certain nombre de réponses, dont le sexe oral et la pénétration.

 

L'intention du professeur était probablement pédagogique, pour faire reculer les discriminations sexuelles, mais des parents d'élèves, vite rejoints par la sénatrice républicaine Mary Pilcher-Cook, avaient rapidement réagi. « La pornographie et les contenus obscènes dominent de plus en plus notre société, et il est devenu beaucoup trop habituel d'entendre des cas d'enfants qui n'ont pas été protégés des dommages qu'ils peuvent causer », explique la sénatrice.

 

Quant au poster, le voici :

 

 

(via Fox News)

 

 

La loi adoptée supprime la protection accordée aux professeurs et enseignants de l'État, qui pourront désormais être attaqués en justice sur le motif d'une mise à disposition de contenus pornographiques auprès de leurs élèves. Les universités, musées et bibliothèques conservent une protection face aux récriminations judiciaire, mais les professeurs sont désormais directement menacés.

 

Et la législation mise en place semble aller beaucoup trop loin, pour les partisans du camp adverse : « La loi 56 du Sénat pourrait criminaliser des professeurs pour avoir distribué des brochures, affiché des posters, ou partager des informations à but éducatif », s'alarme Micah Kubic, directeur général d'une union pour les libertés civiles au Kansas.

 

La législation, sous couvert de protection des mineurs, conduirait finalement les professeurs à s'autocensurer, de peur d'une poursuite judiciaire. Ainsi, quelques jours avant l'adoption de la loi, un sénateur républicain du Kansas, Joseph Scapa, avait qualifié de « pornographique » un livre de Toni Morrison. Autrement dit, le professeur qui l'avait inclus dans son programme pourrait se retrouver devant les tribunaux de l'État.