Au Liban, l'incendie d'une bibliothèque mobilise l'habitant

Julien Helmlinger - 06.01.2014

Edition - International - Tripoli - Incendie criminel - Bibliothèque


Le conflit syrien et autres turbulences agitant le monde arabe ravivent les tensions entre les communautés. Avec notamment un attentat ayant fait quatre morts à Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, visiblement signé par le groupe islamiste Da'ech, suivi de l'incendie criminel de la bibliothèque d'un prêtre orthodoxe grec à Tripoli, le père Ibrahim Sarrouj, l'année débute dans un climat explosif au Liban. Si le premier trouble a été revendiqué via Twitter, le second en revanche suscite davantage d'interrogations.

 

 

 Zones d'ombres à Tripoli - CC by 2.0 par Rahuldlucca

 

 

Si les dégâts sont matériels à Tripoli, une autre facture émotionnelle ne se chiffre pas. Suite à cet attentat ayant visé la bibliothèque al'Sa-eh, sanctuaire dans lequel auraient été brûlés quelques 80.000 livres et autres manuscrits, les riverains manifestent leur indignation. Des volontaires se sont unis pour nettoyer les lieux dès le lendemain, et faire des dons dans une optique de restauration. Si la manifestation se voulait à l'origine apolitique, certains n'ont pas manqué l'occasion de l'instrumentaliser pour y véhiculer leurs messages orientés.

 

Dans le quartier, on regrette que l'humaniste habitué à aider les étudiants de l'université par des dons de livres ait ainsi été pris pour cible. Pour autant, tous les habitants ne sont pas surpris. Deux jours avant le drame, un jeune homme qui assistait Ibrahim Sarrouj à la bibliothèque s'est fait tirer dessus par des personnes non identifiées. Comme le confie un manifestant : « Je venais ici pour lire tous les deux jours. Depuis quelque temps toutefois j'avais un mauvais pressentiment. Le père avait déjà été harcelé à plusieurs reprises. » 

 

Le volontaire indigné précise que le prêtre oeuvrait avec de bien modestes moyens sur l'archivage informatique de sa collection de manuscrits, lequel risque d'être perdu tandis que l'ordinateur a été détruit par l'attentat. Les lieux avaient la réputation d'héberger de précieux ouvrages et notamment utiles aux spécialistes en sociologie comme en théologie. 

 

En raison de menaces de mort proférées à l'encontre du prêtre avant l'incendie, la police, avertie, a envoyé une équipe de surveillance sur les lieux, le jour même de la destruction. Malgré cette mesure de surveillance, les terroristes ont réussi leur coup, ajoutant à la stupeur du voisinage.

 

Selon la version officielle, les coupables inconnus auraient mis le feu à la bibliothèque comme représailles contre le projet de publication par le prêtre d'un manuscrit offensant à l'islam, un article au ton provocateur, de 2010, écrit par un certain Ahmad Kadi. Certaines sources ajoutent que le texte en question aurait en fait été glissé sournoisement dans le manuscrit envoyé à l'imprimeur de la ville et avec lequel il n'aurait rien à voir.

 

Des zones d'ombres qui restent à être éclaircir par les enquêteurs.