Au Mexique, la lutte contre les narcotrafiquants passe par la librairie

Antoine Oury - 26.01.2016

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Dans les rues d'Apatzingán, l'ambiance est sulfureuse, et pas à cause de la chaleur du soleil mexicain : la ville essuie les rafales de balles et les affrontements des cartels de narcotrafiquants et des milices armées qui sillonnent le centre-ville. Dans ce chaos urbain, où la loi est celle de la rue, l'éditeur et libraire Fondo de Cultura Ecónomica ouvre une librairie, centre des arts, qui aura pour rôle de montrer un autre avenir aux jeunes de la région.

 

Libreria Rosario Castellanos

Une des librairies de Fondo de Cultura Ecónomica, à Mexico (Wendy Underwood, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Le président actuel du Mexique, Enrique Peña Nieto, avait fait de la lutte contre les narcotrafiquants un des axes majeurs de son projet politique : le Fondo de Cultura Ecónomica en a profité, et s'est lancé dans l'ouverture de plusieurs librairies destinées à devenir des centres de pratiques artistiques au cœur des villes. « Évoquer une culture de la paix est important dans tous les lieux », a souligné Socorro Venegas, responsable de la politique jeunesse de Fondo de Cultura Ecónomica.

 

La semaine passée, l’établissement de haute sécurité El Altiplano, où est actuellement incarcéré le narcotrafiquant El Chapo, expliquaient avoir confié un exemplaire de Don Quichotte à son prisonnier. Ce dernier, apparemment déprimé et stressé, avait manifestement besoin d’une cure de lecture pour évacuer.

 

De son côté, le centre propose pour l'instant des lectures, ouvertes aux enfants comme aux adultes, des cours de danse et de mariachi. « La narco culture s'impose partout, ici. Cela influence leur façon de penser, leur musique, la façon dont ils s'habillent. Nous travaillons dur pour proposer une alternative », explique Uriel Ramírez Hernández, poète et professeur au sein du centre.

 

Évidemment, la lecture est vivement conseillée au sein de la librairie, et les allées et espaces de détente sont noirs de monde : « Si on ne leur propose pas quelque chose de positif, quelqu'un d'autre s'en chargera, et ce sera probablement pour le pire », résume une mère de famille.

 

La ville d'Apatzingán fait partie des places fortes des narcotrafiquants de la région, qui vont jusqu'à extorquer des promotions spécifiques aux commerçants locaux. Les Knight Templars multiplient les exactions dans la ville, malgré les tentatives du gouvernement de réprimer la criminalité. Des groupes d'autodéfense citoyens se sont mis en place, avec plus ou moins de succès, d'autant plus que ce genre d'initiatives aboutit généralement à plus de violence et de victimes civiles.

 

Dès qu'un cartel s'affaiblit, d'autres, moins puissants, en profitent pour lui ravir la place : autant d'éléments qui poussent à agir en faveur de l'éducation et de l'emploi, qui manquent cruellement à la région. 

 

 

 

(via The Guardian)