Au nom de la démocratie, les artistes britanniques disent “non” au Brexit

Joséphine Leroy - 21.05.2016

Edition - International - Brexit Royaume-Uni UE - Tribune artistes culture - Grande-Bretagne David Cameron


Dans une lettre ouverte publiée ce jeudi 19 mai, des artistes britanniques scandent leur opposition au Brexit, soit la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Parmi les signataires, l’artiste plasticien Anish Kapoor, l’acteur Benedict Cumberbatch, l'actrice Kristin Scott Thomas, l’écrivain John Le Carré, l’actrice Keira Knightley, le réalisateur Kevin Macdonald ou encore le metteur en scène Mike Leigh et tant d'autres... 282 personnalités signent cette lettre pleine d'espoir, jusqu'à la date butoir du référendum, programmé pour le 23 juin. Initié par le gouvernement conservateur du Premier ministre britannique David Cameron, le référendum déterminera la réponse à apporter à la question de la sortie ou non du Royaume-Uni de l'Union des 28.  

 

David Cameron meets with President Juncker in Brussels

(Number 10 / CC BY-NC-ND 2.0)

David Cameron et Jean-Claude Juncker

 

 

C’est un refus unanime et puissant. Dans un élan choral, les artistes se mobilisent. Le référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union Européenne est « le débat démocratique le plus important de notre époque, et aura de lourdes conséquences sur les générations à venir ». Les artistes scandent à l’unisson leur refus de laisser la Grande-Bretagne sortir de l’Union européenne dans une lettre ouverte pleine d’espoir et de foi en leur pays. 

 

« Le référendum nous oblige à nous regarder nous-mêmes dans le miroir et à nous demander : quel genre de nation voulons-nous être ?  Sommes-nous tournés vers l’extérieur, ouverts à la recherche d’un travail commun avec d’autres pour atteindre de plus grandes réussites? Ou nous isolons-nous de nos amis et voisins au moment même où le monde devient de plus en plus incertain?, » interrogent-ils dans les colonnes du Telegraph.

 

Dans le domaine culturel, chacun est concerné : « De la plus petite galerie au blockbuster le plus massif, beaucoup d’entre nous ont travaillé sur des projets qui n’auraient jamais vu le jour sans la fondation de l’Union Européenne ou sans la collaboration transfrontalière. La Grande-Bretagne n’est pas seulement plus puissante dans l’Union européenne, elle est aussi plus imaginative et créative. Notre succès dans le domaine de la création serait compromis par notre sortie. » 

 

Si le Brexit prend effet, plus rien ne garantira ni une progression, ni même un maintien des emplois. « Quitter l’Union Européenne serait un saut dans l’inconnu pour des millions de personnes à travers le Royaume-Uni, celles qui travaillent dans les industries culturelles, et pour les millions d’autres qui, ici comme à l’étranger, bénéficient du dynamisme du secteur culturel britannique », anticipent les artistes.  

 

Entre les pays européens, des liens fondateurs

 

Et de revenir sur un passé glorieux grâce aux liens européens : « Du Barde [Shakespeare, NdR] à Bowie, la créativité britannique a inspiré le monde entier. Nous sommes convaincus que faire partie de l’Union européenne renforce notre rôle dans la scène mondiale. Ne nous enfermons pas dans le rôle de l’outsider se sentant pousser des ailes. » 

 

Mi-mai, la romancière Kate Mosse, elle aussi signataire de la lettre ouverte, s’était exprimée sur le sujet, rappelant l’héritage européen et le rôle de cet héritage dans la construction de la culture britannique. Dans un éloge à la traduction, elle adressait à ses compatriotes un message d’alerte. La littérature était pour elle un moyen pour que l’on garde toujours en tête ce qui nous unit, ce qui fait de nous un peuple prêt à changer le monde, changer le chemin que prennent parfois nos récits ».

 

Un Brexit, ni les industries de création britannique ni l'Union Européenne n'en veulent

 

Un sondage réalisé par les membres de la Fédération des industries de création britannique montre que les Britanniques ne sont pas prêts à sortir de l’UE : 96 % des sondés souhaitent y rester, comme le note l’AFP. Marché européen, fonds européens, liberté de circulation des talents ou encore influence exercée figurent parmi les raisons invoquées. John Sorrell, président de la Fédération, le dit : « Notre position comme plaque tournante de la créativité européenne explique une grande part de ce succès, nous bénéficions d’un vaste réseau de talents, d’entreprises et d’institutions à travers l’Europe. »

 

Quant au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il prévient que l’Union européenne ne fera pas de cadeau au Royaume-Uni en cas de sortie : « Si les Britanniques devaient dire “non”, ce que je n’espère pas, la vie communautaire ne continuera pas comme avant. Le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un État tiers, que l’on ne caressera pas dans le sens du poil. »