Au printemps, les traducteurs vont à la rencontre de leurs lecteurs

Claire Darfeuille - 20.05.2016

Edition - International - traduction littéraire - Printemps de la traduction - ATLAS


Le deuxième Printemps de la traduction débute mercredi 25 mai avec une conférence de Tiphaine Samoyault à la Maison de la poésie, et se prolonge jusqu’au dimanche 29 mai avec des rencontres et des ateliers. Santiago Artozqui, président de l’Association pour la promotion de la traduction littéraire ATLAS, revient sur cet événement ouvert à tous qui vise à favoriser un dialogue entre les traducteurs et les lecteurs.

 

Santiago Artozqui, traducteur et président d'ATLAS 

 

 

Comment s’organisent ces rencontres avec les traducteurs littéraires ?

 

Santiago Artozqui. Ces rencontres se déroulent du mercredi 25 mai au dimanche 29 mai, dans neuf librairies partenaires à Paris, à Montreuil et Gif-sur-Yvette, et nous espérons bien que ce n’est qu’un début ! En effet, notre but est de promouvoir la traduction auprès de ceux qui ne la connaissent pas, donc de toucher le public le plus large possible. Au cours de ces échanges, les traducteurs vont présenter le travail qu’ils ont fait sur des romans traduits de l’anglais, du portugais, du chinois, de l’espagnol, du russe, de l’italien… et répondre aux questions du public, tant sur le livre que sur leur métier.

 

En 2015, les traductions représentaient 17,7 % de la production éditoriale. Près d’un roman sur deux passe entre les mains d’un traducteur, mais encore peu de lecteurs ont conscience du fait que ce passage d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, est aussi un travail de création. Le livre est associé à son auteur, mais rarement à son traducteur. La traduction est pour ainsi dire occultée. Pourtant, une traduction est toujours une lecture, chaque traducteur aura la sienne, comme chaque musicien donnera sa propre interprétation d’une œuvre musicale ou chaque metteur en scène montera une pièce selon sa propre lecture.

 

Le tournoi de traduction est l’occasion de montrer combien les traductions peuvent varier en fonction de leur traducteur ?

 

Oui, c’est toujours la même idée que nous défendons : faire comprendre qu’on ne lit jamais « la » traduction d’une œuvre, mais simplement « une » traduction de celle-ci. Cette année, trois traducteurs présenteront leur version de poèmes tirés de Nom d’un chien d’André Alexis. Ce roman raconte l’histoire de 15 chiens à qui est donnée l’intelligence. L’un d’entre eux est poète, et compose des vers où sont cachés homophoniquement les noms de ses camarades canins. Par exemple, « Prince », qui dans la version anglaise est caché dans le vers « Jump, rinse : coat thick with soap », traduit par « Hop ! Rince ce pelage glissant de savon ». Le public est d’ailleurs invité à participer, les textes se trouvent sur le site, pour tous ceux qui veulent exercer leur imagination et partager leurs trouvailles avec la salle.

 

En quoi consistent les ateliers de traduction également ouverts à tous ?

 

L’atelier « Traducteur d’un jour » s’adresse à tous ceux qui souhaitent s’essayer à la traduction. Il aura lieu à la bibliothèque Oscar Wilde, dans le 20e, et portera sur une pièce de Tennessee Williams, La Ménagerie de verre. La traductrice qui l’animera, Isabelle Famchon, mettra l’accent sur les particularités de la traduction théâtrale, laquelle doit prendre en compte la mise en scène, les acteurs, etc. (ici la première scène en anglais).

 

Les ateliers de la journée du samedi à l’Hôtel de Massa sont plus particulièrement destinés aux professionnels, mais restent ouverts à tous. Outre l’anglais et l’allemand, trois ateliers aborderont la traduction de l’ancien et moyen français, le latin et le yiddish. C’est une première. D’ailleurs, je tiens à souligner qu’il n’est pas nécessaire de parler une langue pour s’inscrire à ces ateliers. Les participants reçoivent un mot à mot qui permet de comprendre le sens du texte, et constatent ainsi que c’est là que le véritable travail de traduction commence, quand il s’agit de rendre les subtilités, les références culturelles, le style, le rythme, le ton, la beauté…

 

La conférence de la journée de samedi, à l’Hôtel de Massa, est assurée par le philosophe Étienne Balibar. En quoi la traduction est-elle selon vous un acte politique ?

 

Traduire est un acte politique, parce que traduire implique de faire des choix, se positionner. Quand on choisit de traduire « riots » par « troubles », par « émeutes », par « révolte », par « désordres » ou par « insurrection », on ne donne pas la même lecture de l’événement que l’on rapporte. À partir d’un même texte source, on peut donc exprimer des ressentis très variés, et parfois même opposés, ce que tout journaliste sait pertinemment, d’ailleurs. Etienne Balibar intervient le samedi sur le thème « Guerre et traduction : deux concepts de politique », une réflexion sur les enjeux de la traduction… Car, oui, les enjeux de la traduction sont éminemment politiques ! 

 

Mais, nous reviendrons dimanche à ses aspects festifs et ludiques, avec le grand gala de clôture œno-poétique, accompagné d’un concert, de DJs et de quelques verres de bon vin, puisqu’aura également lieu la remise des prix du concours de traduction organisé par l’Union des traducteurs et non-traducteurs de Villié-Morgon, avec laquelle nous nous sommes associés pour l’occasion.

 

D’autres manifestations se développent autour de la traduction, comme le festival VO-VF, le monde en livres qui met aussi en lumière le rôle des traducteurs. Est-ce bon signe ?

 

Oui, les traducteurs sont de plus en plus souvent invités dans les festivals, les gens s’intéressent à leur savoir-faire, à leur connaissance des œuvres, les joutes remportent un véritable succès auprès du public, comme on l’a vu récemment au festival Quai du polar. Et puis, des revues mettent l’accent sur leur travail, par exemple la revue En attendant Nadeau, et d’autres aussi. Tout cela va dans le même sens et nous ravit, car, plus nous serons nombreux, plus les idées que nous souhaitons faire passer auront une chance de se diffuser.

 

Le programme