Au Québec, des bibliothèques renvoient les usagers vers Amazon

Laure Besnier - 23.02.2018

Edition - Bibliothèques - Québec Amazon - Cégep Bibliothèques - Canada Etats-Unis


Au Québec, les moteurs de recherche de certaines bibliothèques scolaires renvoient vers Amazon. Le géant américain semble gagner toujours et encore du terrain face à une industrie du livre québécoise fragilisée. Certains s'étonnent de ce soutien indirect à un géant américain qui ne paie pas ses impôts sur le territoire.

 

Yay! Amazon delivered the 50 mm in a day! :)

 

Aritra Sen, CC BY ND 2.0

 


Au Québec, les Cégeps désignent les Collèges d'enseignement général et professionnel et sont au nombre de 48. Selon les informations du quotidien québécois Le Devoir, les moteurs de recherche des bibliothèques de 29 d'entre eux renvoient vers Amazon. Lorsque l'utilisateur clique sur la photographie d'un livre, il est renvoyé vers le site internet de la plateforme américaine. 

 

Amazon fournisseur d'images pour le logiciel libre Koha

 

Selon Le Devoir, 60% des Cégeps utilisent Koha, un système intégré de gestion de bibliothèque gratuit, fourni par Collecto, une communauté d'utilisateurs issus de l'enseignement. Ces derniers ont un accord avec Amazon : l'américain leur donne gracieusement accès à une banque d'images et, en échange, ces dernières doivent rediriger les utilisateurs de Koha vers la plateforme. 

 

Amazon n'est pas le seul fournisseur d'images gratuites vers qui Collecto peut se tourner – on pense à Google ou encore à Open Library Covers –, mais c'est le seul qui en possède autant. Amazon est donc « le choix par défaut du logiciel. »

 

Danielle Lavoie, porte-parole de Collecto, précise tout de même au journal : « Les bibliothèques Koha sont libres d’activer ou de désactiver la fonctionnalité d’affichage des imagettes. » Elle compte le rappeler à tous les Cégeps utilisant leurs services. 

 

Amazon.com ou amazon.ca ?

 

Cette dernière ajoute qu'il est aussi possible de renvoyer vers l'hébergement canadien de la plateforme américaine (qui paye des taxes au Canada) et non sur amazon.com. En effet, c'est Jean-Yves Laporte, professeur au Département de littérature et de français du cégep Édouard-Montpetit de Longueuil, qui s'était rendu compte que le moteur de recherche de son école renvoyait vers amazon.com. 

 

« Ce n’est pas le rôle des bibliothèques de cégep de diriger des clients vers Amazon », expliquait-il, révolté. D'autant plus que la multinationale américaine est exempte de taxes et d’impôts au Canada. Si les bibliothèques décident, au contraire, de rediriger leurs utilisateurs vers amazon.ca, les taxes de vente fédérale et provinciale seront prélevées sur chaque transaction.

 

Il faut cependant préciser que lorsque nous avons regardé certains sites des bibliothèques des Cégeps, nous avons constaté que certains avaient déjà adopté cette pratique. Le Devoir précise que les Cégeps Édouard-Montpetit ou encore la Fédération des écoles n'ont pas voulu faire de commentaires, Collecto parlant en leur nom. 

 

Quid des librairies ? 

 

Jean-Yves Laporte précise : « Il n’entre pas dans la mission des bibliothèques de jouer les entremetteurs entre les usagers et les librairies. Si cette mission a changé et que la bibliothèque du Cégep juge bon d’élargir son rôle, il serait préférable de rediriger les utilisateurs vers le regroupement des librairies indépendantes, qui tente tant bien que mal de concurrencer Amazon et qui paie des taxes. »

 

Alors, qu'en pense la coopérative des Librairies indépendantes du Québec (LIQ) ? Le directeur général, Jean-Benoît Dumais, raconte : « On a parlé aux concepteurs du logiciel pour trouver une solution. C’est un logiciel libre développé à l’échelle mondiale, mais les solutions viendront à l’échelle locale. » 

 

L'entreprise inLibro, qui soutient ses clients pour la mise en place de solutions en technologies documentaires et qui développe le logiciel Koha ajoute par l'entremise d'Éric Godin : « Moi aussi ça me tanne que le fait de cliquer sur une image redirige les utilisateurs d’une bibliothèque vers Amazon. Le problème, c’est qu’il n’y a personne au Québec qui fournit gratuitement des images de livres en données ouvertes. On collabore avec les librairies indépendantes pour qu’elles nous fournissent des vignettes. »

 

Logiciel libre ou système payant ?

 

Éric Godin précise que plus de 15 000 bibliothèques dans le monde utilisent le logiciel Koha. Une autre solution existe : celle de la Société de gestion de la Banque de titres de langue française (BTLF), un organisme québécois à but non lucratif.

 

La base de données de la BTLF s'appelle Memento et son accès est payant. Selon le directeur par intérim de l'organisme, Clément Laberge, le service coûterait, à l'année, 650 $ pour un collège de 2000 étudiants. La question pour les Cégeps est donc la suivante : faut-il préférer un système québécois payant (mais de peu) ou un logiciel libre gratuit, associé au monstre de Jeff Bezos ? 




Commentaires

Plusieurs des informations contenues dans cet article sont inexactes, d'abord parce que la source originale (le texte du Devoir) contient des raccourcis, ensuite parce que l'auteure de cette "ActuaLitté" ne connaît visiblement pas bien le contexte québécois.



- Vous mentionnez que "les moteurs de recherche des bibliothèques de 29 d'entre eux [cégeps] renvoient vers Amazon". Or, ce n'est qu'au bout de trois clics qu'un utilisateur pourrait tomber sur Amazon, et encore. Il doit d'abord faire une recherche au catalogue (Amazon n'apparaît pas), consulter la page de résultats (Amazon n'apparaît pas), cliquer sur une notice de document (Amazon n'apparaît pas) et vérifier la disponibilité de l'ouvrage dans sa bibliothèque (Amazon n'apparaît pas). Il peut donc tout à fait emprunter un livre sans jamais être redirigé vers Amazon. Ce n'est que si l'utilisateur clique sur l'image dans la notice du document qu'il sera renvoyé vers le site d'Amazon. Vous conviendrez que le renvoi vers Amazon n'est pas si direct que ça. Par ailleurs, ce ne sont pas les bibliothèques collégiales qui ont conçu cette passerelle entre Koha et Amazon. Elle existait avant même que les 29 cégeps choisissent Koha comme logiciel! Cette passerelle est utilisée par bien d'autres bibliothèques dans le monde, pas seulement des bibliothèques collégiales québécoises.



- Vous présentez la solution de BTLF comme une alternative à Koha. Ce n'est pas le cas. BTLF pourrait plutôt permettre l'importation d'images dans Koha, mais la passerelle n'existe pas en ce moment. Par ailleurs, vous dites que Koha est un "logiciel libre gratuit, associé au monstre de Jeff Bezos". Ce n'est pas vrai. Koha est un libre, d'accord, mais c'est loin d'être gratuit de le soutenir et de le développer. Le codage et l'hébergement doivent bien se faire... Et il n'est pas "associé" à Amazon. Le problème dont on parle ici ne relève que d'une préférence système qui peut permettre d'importer des images à partir d'Amazon. Jeff Bezos n'a rien à voir avec Koha.



- Pour les détails, le président d'InLibro s'appelle Éric Bégin, la taxe de vente provinciale n'est pas perçue sur les livres au Québec de toute façon et la Fédération des cégeps n'est pas la Fédération des écoles.



Je passe sur d'autres points, mais en bref, avant de relayer un article, il serait sans doute prudent de vérifier ce qu'il contient et de veiller à ne pas rajouter des approximations.

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