Haro sur la poésie ? Depuis que la décision du Centre National du Livre de réformer son institution a été dévoilée, les poètes de France se sont mobilisés : pas question que disparaisse la commission poésie, et les subventions qui en découlent. Le CNL a beau répondre que ce n'est pas le propos de la réforme, la résistance s'organise. Et en dernier lieu, c'est la ministre de la Culture qui a décidé de suspendre la réforme dont la mise en application devait intervenir au 1er janvier 2013. (voir notre actualitté)

 

 

 

 

Dans une tribune publiée sur Libération, Xavier Person et Philippe Beck, écrivains et poètes, prennent les armes, les mots, pour défendre la cause ‘Poésie'. Et apporter quelques précisions sur ce qu'elle peut être, dans ce grand domaine de la littérature.

 

Car non, en dépit des arguties des uns et des autres, la poésie n'est pas un vain mot. « La mort répétée de la poésie, l'adieu qu'elle ne cesse de se faire à elle-même, inscrivent sa dynamique dans une interrogation et une incertitude qui, paradoxalement, lui redonnent légitimité aujourd'hui. »

 

Mais pas question de tirer fierté de cette identité singulière du poète, et moins encore « d'idolâtrer nos singularités, mais bien plutôt, affrontant la faillite de nos certitudes et de nos représentations, de nous engager dans ce que nous ignorons de nous-mêmes et du monde ». Les deux auteurs invitent plutôt à chercher comment il est possible de vivre en poésie, et d'y puiser quelques nouvelles approches pour affronter notre monde. 

Prétention excessive ? C'est juste l'attention à un mot que nous proposons, loin des infantilisations bienveillantes mais néfastes auxquelles la réduisent trop souvent des actions de «promotion». Le courage dont nous parlons n'appelle nulle condescendance. De sorte qu'au-delà de l'estompement d'un mot du fronton du Centre national du livre (CNL), c'est le sens même de l'action culturelle dans le champ de la «littérature de recherche» qu'on pourrait aujourd'hui interroger.

 

À l'heure où les Assises du livre et de l'écrit confortées par la ministre de la Culture approchent, elles impliquent avant tout de tenir compte des « résonances du mot “poésie” et, par lui, ce qui fait notre dignité d'êtres de langage, à travers les saisons ». 

 

Dans un entretien, le CNL nous avait expliqué répondre, avec cette réforme, aux recommandations de la Cour des comptes. Celle ci « nous indique depuis des années que le Centre compte de trop nombreuses commissions - 18 en tout - et nous a demandé de faire quelque chose. De même, nous devions modifier les actuels dispositifs, au nombre de 35, pour rendre plus claire notre action. D'autant que certains dispositifs ne sont plus utilisés, et ce, du fait d'une accumulation au fil du temps », soulignait le CNL. (voir notre actualitté

 

Pour les auteurs de cette tribune, un tel argument « n'est pas insignifiant ». Et moins encore, insignifié ?