Au théâtre comme en librairie, le langage est à châtier en Russie

Antoine Oury - 28.04.2014

Edition - Société - Russie - loi - mots grossiers


La Chambre basse du Parlement russe, mieux connue sous le nom de Douma, vient d'adopter une loi qui sanctionne le langage grossier dans les représentations publiques. Cinéma, théâtre et manifestations musicales sont concernés, mais également tous types de contenus culturels vendus au public. Les livres utilisant un langage un peu trop fleuri seront ainsi marqués d'un avertissement.

 

 

umpffgrr!!!! (against censorship!!)

(izarbeltza, CC BY 2.0)

 

 

Une loi similaire, qui frappait cette fois les médias, avait été signée il y a environ un an par Vladimir Poutine, et déjà pointé pour ses zones d'ombre. En effet, comment distinguer ce qui relève de la liberté d'expression, de l'outrage fait à la langue russe ? Un comité d'experts, évidemment qualifié d'indépendant, devait statuer pour chacun des cas, sans que les conditions de régulation ne soient véritablement connues.

 

Cette extension aux produits culturels inquiète logiquement tout le monde artistique russe : les livres, par exemple, devront être vendus sous blisters, et frappés d'un avertissement au public, dans le cas où ils feraient apparaître quelques jurons ou mots grossiers. En cas de non-respect de la législation, un individu devra payer une amende de 2.500 roubles, soit 50 €, tandis qu'une structure commerciale pourra être contrainte de verser jusqu'à 100.000 roubles, soit 2000 €. Des amendes qui se traduiront en interdiction de publication ou d'exercer sur une période allant jusqu'à un an, ou 90 jours pour les sociétés.

 

« Je suis contre la censure. Je suis contre toutes interférences du gouvernement dans l'art », a souligné Yuri Shevchuk, une rock star russe que le Guardian compare à Bono, de U2. Nombre d'artistes se sont émus de cette nouvelle législation, qui contraint considérablement leurs possibilités créatives. Sergei Shargunov, écrivain, s'est replongé dans les travaux de ses confrères : « Alors, il ne nous reste plus qu'à interdire Pouchkine, Essénine, Maïakovski ? », a-t-il simplement déclaré.

 

Le problème, c'est que le pays de Dostoïevski a une longue tradition avec le juron : un argot bien connu, le mat, a fourni toute une cargaison de mots grossiers à la langue, simplement en ajoutant des préfixes et des suffixes. Ce qui faisait dire à Dostoïevski, justement, que les Russes pouvaient exprimer toute la gamme des émotions avec pour seule base le syntagme pour désigner les organes génitaux masculins...

 

La situation n'est pas inédite : aux États-Unis, le sticker « Parental Advisory : Explicit Content » est apposé sur les albums de musique jugée violente et truffée de mots grossiers. Sa mise en place n'est toutefois pas obligatoire, et relève du Parents Music Resource Center, un lobby conservateur mené par Tipper Gore, l'épouse d'Al Gore. L'industrie du disque s'était rapidement pliée aux exigences du groupe de pression, sans que l'État, cette fois, ne s'en mêle directement...




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