“Aucun agent littéraire n’a intérêt à vous décevoir”

David Pathé Camus - 23.10.2019

Edition - Société - agent litteraire - edition publier livre - agent litterature


DOSSIER – L’édition est un milieu difficile, comme nous l'explique David Pathé-Camus. Les livres se vendent de moins en moins et restent de moins en moins longtemps sur les tables des libraires (quand ils ont la chance de sortir des cartons). Et vous n’avez aucune envie de prendre un agent pour écoper des mêmes types de problèmes qu’avec un éditeur — par exemple l’absence de suivi ou de redditions des comptes.



petit sentiment de solitude ? pixabay licence

 

À cela, j’ajouterais que votre agent est comme tout le monde : il a besoin de payer ses factures. N’oubliez jamais qu’il n’est pas payé si son client (auteur) ne l’est pas non plus. Un agent ne peut faire autrement que de rapporter le temps qu’il consacre à ses auteurs (et à leurs manuscrits) à un certain taux horaire.

Quand un agent passe vingt heures à défendre un manuscrit et que cela lui rapporte zéro, il a tendance à privilégier les contrats (clients) susceptibles de lui rapporter le plus. Comme disent les Anglo-saxons : « Big deals come first ».

 

Quelques rappels et évidences


Cela ne veut pas dire que votre agent ne vous apprécie pas ou qu’il vous a oublié, juste que pour lui — comme pour les éditeurs — il doit focaliser son attention sur ses plus gros clients, faute de quoi il devra mettre la clef sous la porte. Les rencontres existent, les coups de foudre existent, mais comme toujours : « Size matters ».


Si vous êtes au tout début de votre carrière d’auteur, et que vous ne vendez pas encore énormément, peut-être vaut-il mieux ne pas trop compter sur un agent pour défendre vos intérêts. Si celui-ci accepte de vous représenter, il risque de vous faire passer derrière ses plus gros et plus anciens clients, et donc vous faire perdre du temps.

Idem, si vous êtes un auteur débutant, avec seulement un livre et quelques maigres (ou zéro) ventes à votre actif, sans doute aurez-vous intérêt à ne pas appeler votre agent à tout bout de champ ou à l’inonder de courriels : vous n’avez aucune envie d’être affublé de l’étiquette « High Maintenance Authors » que certaines agences attribuent à leurs auteurs les plus enquiquinants.


À vous de voir ce qu’il en est, de peser le pour et le contre, et d’en parler avec votre agent — tout simplement. Aucun agent n’a intérêt à vous décevoir. (Aucun éditeur non plus, soit dit en passant.)

 

Les organismes à recommander


Si vous n’avez pas envie de travailler avec un agent, ou si vous n’en avez pas encore trouvé (ils sont très peu nombreux à exercer en France), tout n’est pas perdu — loin de là. Les auteurs n’ont pas attendu l’arrivée des agents pour se regrouper et faire valoir leurs droits.

D’ailleurs, agent ou pas, je ne peux que vous inviter à rejoindre un ou plusieurs regroupements, associations ou syndicats d’auteurs. Beaucoup sont anciens et font du très bon travail. Vous y apprendrez une multitude d’informations sur l’édition et votre statut d’auteur, et y ferez de nombreuses rencontres toutes plus intéressantes les unes que les autres.


C’est pourquoi je vous recommande d’aller faire un tour du côté de (liste non exhaustive et dans le désordre) :
 

– LA CHARTE (pour les auteurs jeunesse)

– LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES (SGDL)

– LA LIGUE DES AUTEURS PROFESSIONNELS

– Le SYNDICAT DES ÉCRIVAINS DE LANGUE FRANÇAISE (SELF)

– Le SYNDICAT NATIONAL DES AUTEURS ET COMPOSITEURS (SNAC)
Le pendant Bande dessinée (SNAC BD)

– La SOCIÉTÉ CIVILE DES AUTEURS MULTIMÉDIAS (SCAM)

– Le DROIT DU SERF (si vous êtes sur Facebook)
– L’UNION DES ECRIVAINES ET ECRIVAINS QUEBECOIS (UNEQ, Québec)


Et si vous êtes traducteur (beaucoup d’auteurs le sont) :

– La SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES TRADUCTEURS

– L'ASSOCIATION DES TRADUCTEURS LITTÈRAIRES DE FRANCE (ATLF)

Plus globalement, le CONSEIL PERMANENT DES ÉCRIVAINS qui réunit l'ensemble des organisations d'auteurs.
 

Ces collectifs, associations et syndicats fournissent conseils et formations, et sont souvent très utiles. Ils constituent selon moi un premier pas incontournable pour qui veut fluidifier (et professionnaliser) sa relation aux éditeurs.

Malheureusement, trop peu d’auteurs encore en connaissent l’existence, et trop continuent de nourrir de singulières idées sur l’édition et ses pratiques.

 

Prochain article : « Auteurs et malheurs. »


Précédemment : Agent, mais pas n'importe comment

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


Commentaires
C'est quand même dommage d'être la 5e roue du carrosse en tant que nouvel auteur (même si je comprends bien que l'agent fait comme il peut), car j'imagine que c'est bien à ses débuts qu'un auteur a besoin d'un maximum d'aide pour se dépatouiller dans le monde obscur de l'édition, alors qu'un auteur plus chevronné est déjà plus à même de défendre ses intérêts.
Bonjour Alexandre,



nous sommes tout à fait d'accord. Quelques agents prennent des débutants (je l'ai fait, l'agence Astier le fait, d'autres le font sûrement aussi). Je pourrais m'étendre en long et en large sur les raisons pour lesquelles c'est ainsi, sachez juste que ce n'est pas par hasard ou pour le plaisir de sacquer les auteurs débutants. C'est juste que la collaboration auteur-agent exige un certain degré de professionnalisme, que les auteurs débutants n'ont pas toujours. (Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne l'auront jamais.)



Au plaisir



David
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