Aucun ministre à l'IFLA, une grande première... française

Antoine Oury - 19.08.2014

Edition - Bibliothèques - Aurélie Filippetti IFLA - WLIC 2014 absence - Benoît Hamon Fioraso


L'exception culturelle française vient une nouvelle fois de frapper, à Lyon. Du 16 au 22 août s'y tient le 80e congrès mondial de l'IFLA, la fédération des associations internationales de bibliothécaires. Autrement dit, une bonne partie du métier est réunie à la Cité Centre de Congrès de Lyon : le monde entier a pu voir l'implication des ministres, présents par vidéoconférence différée à l'ouverture.

 

 

IFLA 2014 - Centre International de Lyon

Trop occupé pour voir ? (ActuaLitté, CC BY 2.0)

 


De mémoire de congressistes, une telle situation ne s'était jamais vue. Ce dimanche, à l'occasion de l'ouverture du Congrès, l'auditoire rassemblé au Grand Amphithéâtre a pu « profiter » de trois vidéos successives, présentant les interventions des ministres Benoît Hamon, Geneviève Fioraso et Aurélie Filippetti. Des interventions sans aucune saveur, par ailleurs, avec zéro annonce à se mettre sous la dent.

 

Le seul live-tweet réalisé à cette occasion par ActuaLitté était révélateur : rien à tweeter.

 

 


 

À chaque apparition, ce ne furent que lieux communs et généralités, en différé. Le tout sans sous-titres en anglais - est-ce une promotion de la francophonie ?

 


Alors, certes, le directeur du Service Livre et Lecture, Nicolas Georges, était présent, ainsi que Clarisse Mazoyer, conseillère Livres de Filippetti, mais les bibliothécaires de France et du monde n'auront droit à aucune déclaration.

 

Et ce, malgré une année des bibliothèques annoncée en grande pompe par le ministère, dès le début d'année. « Nous sommes très gênés, par rapport à nos collègues étrangers, par rapport à l'IFLA », admet Anne Verneuil, présidente de l'Association des Bibliothécaires de France (ABF). « Il y a toujours des empêchements, bien sûr, mais aucun des trois ministres présents, c'est vraiment dommage. »

 

Les sujets ne manquaient pas, pourtant : d'abord, la Déclaration de Lyon, signée par l'IFLA, l'ABF, l'IABD et de nombreuses organisations, qui rappelle le rôle fondamental de l'accès à l'information dans le développement durable. La signature d'un ministre n'aurait pas fait tâche, et l'aurait mis en odeur de sainteté auprès de la profession. Évidemment, l'ABF portera rapidement ce texte à la connaissance des différents ministères.

 

Mais il y avait encore mieux : depuis plusieurs mois, l'Organisation mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI, ou WIPO en français) mène un grand débat pour élargir le champ d'application des exceptions au droit d'auteur en faveur des bibliothèques - ou du moins pour permettre aux professionnels de l'utiliser sereinement.

 

Ces mêmes débats sont houleux, régulièrement interrompus par l'Europe, et plus particulièrement la France, toutes deux soucieuses du poids des ayants droit. « Nous n'avons jamais été contre le droit d'auteur, nous demandons simplement que la mission de service public soit considérée », rappelle Anne Verneuil. L'IABD (Interassociation Bibliothèques Archives Documentation) a d'ailleurs profité du congrès pour apporter son soutien à l'IFLA en faveur d'une adaptation du droit d'auteur à l'échelle internationale, soulignant l'importance des exceptions.

 

« Nous aimerions que la France reconsidère sa position à ce sujet, parce qu'il rejoint la Déclaration de Lyon, qui rappelle que les bibliothèques sont absolument nécessaires au développement des pays. Il faut donner aussi aux bibliothèques les moyens de mettre ces informations à la disposition du public », termine Anne Verneuil. Pays développés contre pays en développement, bibliothèques contre ayants droit... Les ministres auraient choisi leur camp.