Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Aucun repreneur pour Sauramps : la librairie Odysseum serait sacrifiée

Nicolas Gary - 04.03.2017

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Au sortir de l’audience du 3 mars devant le tribunal de commerce de Montpellier, Jean-Marie Sevestre, actuel PDG des librairies Sauramps, avait fait profil bas. En fin de journée, il avait annoncé la publication imminente d’un communiqué de presse « rassurant ». Rien n’est arrivé aux rédactions, et aucune information ne filtre. Presque.

 

Librairie Sauramps Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La question était de savoir ce qui pourrait bien être rassurant : à deux jours du passage devant le juge, les trois actionnaires de Sauramps avaient adressé une offre « désespérée et surréaliste ». Se tournant vers Benoît Bougerol, l’un des deux repreneurs à s’être publiquement manifesté, les actionnaires tentaient le tout pour le tout. Et pour cause.

 

Jean-Marie Sevestre, Jean-Luc Bonnet et Caroline Wodiczko constataient « que dans le délai fixé par le mandataire ad hoc, (le 27/02/2017) Monsieur Matthieu de Montchalin n’a pas apporté les justifications de sa capacité à pouvoir assurer tant le financement de son projet de reprise que la réalité formelle des cessions de titres envisagés avec une partie des actionnaires du groupe Mosaique ».

 

Problème : Matthieu de Montchalin disposait-il d'un véritable projet ? Le propriétaire de l’Armitière à Rouen n’a jamais répondu à nos demandes de précisions, pas plus qu’aux inquiétudes manifestées par les salariés. « Y’a-t-il eu une offre ferme, ou s’agit-il d’une simple lettre d’intention ? », demandaient-ils dans un courrier adressé à l’homme qui se posait déjà en sauveur.

 

"Élaboration d'une stratégie à venir"

 

Dans un courrier communiqué aux salariés, Jean-Marie Sevestre a annoncé ce 3 mars, en milieu de journée, que le mandat ad hoc n’était pas renouvelé, et qu’il n’y avait plus de repreneur. Le dossier de toute évidence trop mince, que le président du Syndicat de la librairie française avait porté, n’aura pas convaincu le juge. Pas plus qu’il ne l’avait fait un mois plus tôt.

 

La procédure engagée sur toutes les sociétés du Groupe depuis le mois de juin 2016 est donc close. Le président du tribunal de commerce ayant constaté l’absence d’offre de reprises, le mandat ad hoc arrive de fait à son terme. Selon le PDG, le président du tribunal « ne se poursuit pas par l’ouverture d’une procédure de conciliation, en l’absence d’offres de reprises permettant un règlement amiable des difficultés ».

 

La direction des établissements annonce qu’elle travaillera désormais « à l’élaboration de la stratégie à venir ». Des décisions devraient intervenir rapidement, « notamment lors de la réunion des Représentants du personnel, mercredi 8 mars prochain ».

 

Le redressement judiciaire ou la liquidation ?

 

Les échéances seront manifestement serrées : les salariés ont appris qu’à compter de la semaine prochaine, le flux des commandes pourrait être minimisé, sans plus d’indications. L’entreprise se dirigerait vers une cessation de paiement à l’échéance de mars, tentant alors de limiter la casse. De deux choses l’une, le redressement judiciaire, l’autre, la liquidation.

 

« Disons que si le choix se porte sur le redressement judiciaire dans les semaines qui viennent, nous n’aurons à ce moment-là plus d’encours fournisseurs et devrons payer comptant la marchandise. Donc, adapter nos achats à une trésorerie très basse. » Difficile d’investir dans des ouvrages, même quand on croit en eux, dans de pareilles conditions.

 

Le montant du rachat et des investissements à réaliser pour la reprise était estimé entre 2,5 et 4 millions €. Une somme qui avait pu décourager de nombreux acheteurs. Dans le cas d’un redressement judiciaire, les dossiers seront assurément plus nombreux – à commencer par Benoît Bougerol. Le propriétaire de la librairie Privat (Toulouse) et de la Maison du livre (Rodez) nous confirmait qu’il disposait « de partenaires, ainsi que d'éditeurs » pour formuler une offre.

 

Dans tous les cas, la question du loyer des établissements – notamment celui situé dans le centre commercial Triangle, fera partie des plus épineux problèmes. « Le contrat n’aurait jamais dû être signé selon ces conditions. Il faudra impérativement le renégocier avec le bailleur », nous précise-t-on. « Dans le cadre du projet de reprise que j’avais formulé, c’était un pan important, dans le redressement, qu’il aurait fallu négocier indépendamment de la reprise elle-même », nous assurait Benoît Bougerol.

 

Sacrifier Odysseum pour préserver l'activité

 

« Le bon sens a manqué, au moins pour deux des trois actionnaires, c’est désormais évident », nous précise-t-on. Le rendez-vous du 8 mars sera important, « la direction doit nous annoncer la marche à suivre ». D’après les premières informations, il serait envisagé que les établissements d’Ales et Triangle ne soient concernés que par un plan de sauvegarde. Seule la librairie d’Odysseum serait placée sous redressement judiciaire.

 

Une acrobatie juridique qu’il faudra encore pouvoir confirmer, attendu que la cession concernait l’ensemble du groupe et non une seule de ses entités. Les avocats vont plancher dur. « Le sacrifice d’Odysseum, qui représente une charge énorme de loyer, permettrait de ne pas impacter l’ensemble de l’activité. »

 

Pour ce qui est de Triangle, des travaux, envisagés de longue date, pourraient offrir un nouveau souffle à l’établissement. Il s’agirait en effet de récupérer un local attenant à la librairie, non occupé depuis trois ans, et qui abriterait alors le catalogue alors rapatrié de la librairie jeunesse Polymomes. « Ce regroupement éviterait aussi de multiplier les œuvres : on retrouve chez Polymomes et Triangle les œuvres d’Harry Potter par exemple. Nous nous épargnerions des doublons. »

 

Mais surtout, cet agrandissement diminuerait l’effritement constaté de la clientèle – laquelle pouvait entrer chez Triangle pour des ouvrages jeunesse qui se trouvaient chez Polymomes. Un déplacement qui pouvait décourager ou faire renoncer une partie des lecteurs.

 

Instaurer un plan de sauvegarde pour les deux établissements aurait enfin pour conséquence de ne pas déclencher une cessation de paiement, plus rassurant pour les fournisseurs. Le tout sous le contrôle du tribunal, qui mènerait le choix du repreneur.