Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

"Aucune preuve" de complot contre les libraires

Antoine Oury - 13.12.2013

Edition - Librairies - librairies indépendantes - DRM - Amazon


Des libraires américains n'avaient pas hésité à accuser les 6 plus grandes maisons d'édition (les « Big Six ») d'un vaste complot avec Amazon, visant à capter le marché via la pose de DRM, des verrous numériques créant un système captif et propriétaire. Une plainte avait été déposée dans les règles au tribunal, mais le juge vient de la renvoyer, faute de preuves.

 


DRM

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Le juge fédéral Jed Rakoff, chargé du dossier, l'a examiné sans y trouver de véritable substance pour nourrir l'accusation : « La légèreté de cette accusation est incroyable. Les plaignants n'évoquent pas une entente illégale, mais seulement de vagues "discussions ou accords autour de l'usage de DRM restrictifs" », explique-t-il, incrédule.

 

En conséquence, la plainte déposée en février dernier par trois librairies indépendantes des États-Unis (The Book House, à New York, Fiction Addiction, à Greenville, et Posman Books, à New York) est rejetée par le tribunal. Il y avait de toute façon peu de chances qu'elle déclenche une enquête, les Big Six eux-mêmes ayant récemment figuré sur la liste des éditeurs coupables d'une entente avec Apple, préjudiciable à Amazon.

 

La plainte semblait par ailleurs être un moyen, avant tout, d'attirer l'attention du consommateur sur l'usage des appareils de lecture numérique intégrés à un système propriétaire, et des effets de cette emprise sur le marché pour les librairies indépendantes, incapables de rivaliser même en proposant une offre d'ebooks. Pour autant, Susan Novotny, libraire de The Book House, a déclaré qu'elle et ses collègues réfléchissaient « à l'intérêt de faire appel » de la décision du juge.

 

Par ailleurs, les plaignants évoquaient l'accord passé entre l'American Booksellers Association et Kobo, déplorant l'absence « d'accord direct entre les éditeurs et les libraires indépendants », facteur de poids commercial moindre d'après eux. Le juge n'a pas été tendre, et a simplement observé : « Cela vient simplement du fait que les consommateurs préfèrent les produits des concurrents des plaignants. »

 

La plainte déposée pointait également le monopole d'Amazon, mais le juge ne risquait pas de le sanctionner, considérant la liberté d'entreprendre comme raison suffisante : « Aucun commerce n'a le devoir d'aider ses concurrents. »

 

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Pour autant, Bill McCoy, directeur exécutif de l'IDPF, avait eu cette petite réflexion, durant la Foire du livre de Francfort : selon lui, l'apparition d'écosystèmes propriétaires découle de ce que les éditeurs se sont finalement laissés emporter par les gros acteurs. S'il reconnaît leur nuisance vis-à-vis d'une édition libre et accessible à tous, il semble plutôt en appeler à la prise de responsabilité des éditeurs, qui devraient commencer par défendre leurs propres droits...

 

 

 

(via Publisher's Weekly)