Aucune sanction du Kremlin contre un livret critique

Clément Solym - 08.07.2011

Edition - Justice - russie - kremlin - démocratie


Des opposants au gouvernement russe, l'ex-vice-Premier ministre Boris Nemtsov et son allié Vladimir Milov , n'étaient plus autorisés, depuis mercredi, à sortir de la Russie pour une période de six mois. Leur délit ? Avoir publié en 2010 un livret critique à l'égard de l'actuel Premier ministre Vladimir Poutine, qu'ils ont co-écrits, et ne pas avoir publié un démenti officiel répondant aux exigences de la justice russe.

 

Le livret, intitulé Poutine, Bilan, 10 ans mettait en doute l'intégrité des rapports de Vladimir Poutine avec l'homme d'affaires et milliardaire Guennadi Timtchenko, spécialisé dans le commerce de l'énergie. Selon les deux opposants, Timtchenko connaissait Poutine avant son arrivée au pouvoir et a utilisé ces liens d'amitié pour bâtir sa fortune.

« Je suis persuadé que c'est une vengeance de Poutine » en raison de la publication de livres sur la corruption dans son entourage, avait déclaré M. Nemtsov. Alors que M. Milov avait ironisé sur son blog : « Bien sûr, limiter la liberté de mouvement est une affaire fâcheuse. Mais ils considèrent, en vain, qu'être en Russie est pour moi une sorte de punition. »

Pol-Poutine ?

Les deux auteurs avaient publié la nouvelle de leur interdiction de sortie de territoire sur leurs blogs respectifs jeudi matin. Le même jour, la justice russe a décidé de lever celle-ci, parce qu'elle a été adoptée « prématurément » selon le Service fédéral des huissiers de justice sur son site Internet.

Mais la décision de justice russe intervient surtout quelques heures après l'adoption d'une résolution critique du Parlement européen à l'égard du Kremlin.

Après l'annonce de l'interdiction de sortie de territoire des deux opposants, qui l'ont appris au téléphone par un de leurs avocats mercredi, le Parlement européen a réagi immédiatement et demandé de « lever l'interdiction de voyage de six mois » des MM. Nemtsov et Milov. Un appel critiqué, mais néanmoins considéré par le ministère russe des Affaires étrangères russe, alors que le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch a déclaré : « Le fait que le Parlement européen essaye à nouveau d'interférer dans nos lois n'a rien de nouveau », indique l'AFP.


Si la pression internationale a fini par faire céder la justice russe, le parti d'opposition Parnas, créé notamment par Boris Nemtsov n'a toujours pas été enregistré par le ministère russe de la Justice, alors que les élections législatives et présidentielles en Russie approchent.

Cependant, le Parlement européen vient d'adopter jeudi une résolution dénonçant « la lourdeur des procédures d'enregistrement des partis politiques en Russie, lesquelles ne sont pas conformes à la convention européenne des droits de l'Homme ». Un nouveau pas pour faire plier le Kremlin à la démocratie, reste à savoir si celui-ci en tiendra compte...