“​​​​​​​Aujourd’hui l’économie des librairies francophones à l’étranger est exsangue”

Auteur invité - 23.04.2020

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La crise du Covid 19 s’ajoute à des difficultés structurelles que les libraires francophones à l'étranger rencontrent depuis longtemps : longs délais de livraison, frais élevés de transports auxquels s’adjoignent dans certains pays des frais de taxes, de douanes, concurrence des géants de la distribution en ligne, absence d’usages commerciaux unifiés avec les fournisseurs et d’encadrement du marché du livre.


Librairie Parenthèses Hong Kong, CC BY SA 2.0
 

À ces difficultés s’ajoutent celles, conjoncturelles, comme la rareté ou l’insuffisance des aides locales en termes de protection sociale et de chômage partiel, la perte de chiffre d’affaires et le maintien des charges fixes qui pèsent lourdement sur les épaules des libraires (loyers, eau, gaz, électricité), des frontières fermées tout comme l’ensemble des établissements du pays.
 
En France comme à l’étranger, le statut économique des librairies indépendantes est assimilé à un commerce peu rentable, précaire et fragile, mais si profondément humain parce que basé sur le relationnel et l’échange. Dans ce contexte, comment les libraires francophones s’en sortent-elles ?

Pour une grande partie d’entre elles, les librairies restent fermées par mesure sanitaire et pour lutter contre la propagation d’un virus qui touche les cinq continents et impose à près de quatre milliards d’individus des mesures de confinement général ou partiel....
 

Travailler, malgré tout


Mais même fermées, les librairies n’ont jamais arrêté de travailler, penser, imaginer... Plusieurs alternatives et initiatives sont offertes, comme la possibilité de commandes et de livraison, par email ou via leur site comme à Amsterdam, Bangkok, Bucarest, Santiago, quand cela est possible, bien sûr. Certaines proposent des livres numériques gratuits concédés exceptionnellement par les éditeurs et auteurs comme les albums filmés de L’école des loisirs, Tracts de crise du groupe Gallimard offrant des textes brefs et inédits de ses auteurs et consultables via les sites de libraires, ou des ouvrages d’actualité comme La Casse du Siècle chez Raison d’agir ou encore les éditions Wildproject qui mettent trois ouvrages d’anthropologie écologique en accès libre sur leur site.

Toutes redoublent d’ingéniosité sur leurs réseaux sociaux comme au Costa Rica, où la librairie française a créé un club d’auteurs francophones qui proposent via son Facebook des lectures d’auteurs contemporains du monde entier.

En Argentine, Monica Freyre de la librairie Las mil y una hojas, déléguée régionale de Bayard Milan, partage des dizaines de contenus éducatifs et ludiques ou histoires à écouter gratuits pour petits et grands. À Barcelone, la librairie Jaimes propose à chaque lecteur de chercher dans sa bibliothèque les livres à partager avec #confienemteconomiqueintelligentetsolidaire et diffuse le clip du mouvement #yoesperoamilibrero, campagne réunissant des témoignages de dessinateurs, illustrateurs, auteurs, scénaristes du monde entier revendiquant la figure du libraire, du magasin de quartier et invitant chacun à attendre la fin du confinement pour aller en librairie.
 

Déceptions et désillusions


Pour une minorité de librairies, ouvertes malgré une importation de livres depuis la France quasi à l’arrêt ou au ralenti, avec des délais de livraison plus lents, chaque réception est un vrai miracle ! Parenthèses à Hong Kong « se réjouissait de recevoir des livres le 7 avril ». Quant à Millefeuilles à Madagascar, une photo des cartons d’abord puis des livres sur son Facebook étaient accompagnées d’un message clair — horaires d’ouverture réduits, précautions d’usage du personnel et des clients — comme le port de masque dans la boutique.

À Londres, la librairie est restée ouverte et propose des livraisons... à vélo. Tous mettent en avant le fonds de leur librairie par des sélections spéciales comme à Amsterdam ou Berlin.

Pour celles qui pourraient rouvrir, la situation est loin d’être simple. En Autriche, un des premiers pays de l’Union européenne à lancer la levée du confinement, la librairie Hartlieb a pu rouvrir le 15 avril avec des horaires adaptés. Elodie Salanove témoigne : « La situation est inhabituelle : pas de “flanage“, pas de conseils de lecture ‘en direct ‘, 2 personnes maximum à la fois dans la librairie, on évite autant que possible de manipuler trop de livres et évidemment port du masque obligatoire. » 

Des mesures étranges, incommodantes, et pourtant ô combien nécessaires, comme elle le souligne elle-même. En Italie, un des pays le plus touchés et en phase de déconfinement progressif, le collectif de libraires italiens LED - Librai Editori Distribuzione in rete revient sur le décret national du 14/04 qui « ne prévoit aucun protocole de déconfinement ni l’adoption de dispositifs clairs de sécurité sanitaire (désinfection du lieu, distances de sécurité dans des rayons étroits, déplacement de l’équipe) ».

C’est du moins ce que rappelle la librairie française de Rome qui a rejoint ce collectif et à qui le journal La Croix a accordé une interview.
 

Des soutiens territoriaux, fragiles


Pour soutenir au mieux les librairies francophones et en plus de la campagne espagnole grand public, chaque lecteur peut encourager les institutions, établissements scolaires et culturels locaux avec lesquels il est en contact à commander davantage chez les libraires afin de les aider à reprendre leur activité, dans une crise sans précédent dont certains pourraient ne pas se relever...

Signalons enfin que l’ouverture ou la fermeture d’une librairie dépend des politiques de chaque État, mais pas que... On le voit dans les débats en France ou en Italie. En France, avec le soutien du ministre de la Culture qui autorisait les libraires à une activité de retrait de commandes en librairies le 20 avril 2020, un dispositif Click and collect s’est mis en place...

Mais la réouverture pose de vraies questions de santé publique et relève d’un intérêt commun qui prévaut sur celui d’individualités, l’approvisionnement en livres, mais aussi en matériel de protection sanitaire (gants, masques et plexiglas) qui ne semble pas encore résolu. Dans certaines régions du monde (on pense à l’Afrique notamment), les conditions sanitaires ne donnent pas les mêmes armes pour lutter contre le virus, mais il est sûr que l’impact économique est déjà évident.

Beaucoup de prudence donc avant de reprendre le cours des choses quand on ne sait pas quand tout cela sera fini. C’est au moins l’occasion pour le lecteur de mesurer l’importance de ces lieux de convivialité, au cœur des échanges entre des personnes différentes et au modèle économique si fragile.
 
par l'Association internationale des libraires francophones


Dossier - Retrouver toute l’actualité de la librairie francophone dans le monde


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