Auletris d'Anaïs Nin victime d'une censure des plus vicieuses chez Amazon

Nicolas Gary - 01.11.2016

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Les histoires érotiques d’Anaïs Nin rencontrent quelques difficultés chez Amazon. L’ouvrage Auletris : Erotica ne rentre pas dans les bonnes cases, ou pas suffisamment pour que le revendeur l’accepte. Sauf que le contenu du livre est loin d’être aussi coquin qu’il le laisse entendre...

 

анна малина, CC BY SA ND 2.0

 

 

La prudence d’Amazon sur les choses vendues dans son All Store fait souvent l’objet de rires appuyés. Le livre écrit par Nin dans les années 30 n’est pas forcément à classer dans la catégorie tout public, mais le marchand a décidé de ne pas le faire apparaître dans les résultats de recherche. 

 

« Auletris brise de multiples tabous : il y a des récits d’inceste, de sexe avec des enfants, de viol, de voyeurisme, de sadomasochisme, d’homoérotisme (masculin et féminin) et d’asphyxie érotique, pour n’en citer quelques-uns », assure l’éditeur. 

 

Alors évidemment, quelques avertissements dans la classification de l’ouvrage peuvent intervenir, mais présentement, Amazon a fait en sorte que le livre soit pratiquement inaccessible, voire invisible pour les clients. Depuis le début de la semaine, l’histoire a attiré l’attention : les lois du début du XXe siècle bannissant les contenus obscènes n’ont plus court, mais le marchand reste libre de vendre ce qu’il souhaite. En revanche, référencer un livre et le rendre invisible, étrange...

 

Le donjon où l'on enferme le contenu adulte

 

L’éditeur Paul Herron, de Sky blue Press, n’en revient pas : certes l’ouvrage dépasse dans sa hardiesse et sa diversité d’autres textes connus d’Anaïs Nin. « Les personnages sont délicieusement décadents, et les thèmes sont largement basés sur les propres expériences de Nin, consignées dans ses journaux non expurgés. Ce livre arrive alors que l’intérêt pour Nin et pour l’érotisme est en plein essor. »

 

Sauf que voilà : le livre a été rangé dans ce que l’on appelle l’« adult content dungeon », ce qui le rend impossible à trouver. Une recherche effectuée dans Tous les départements ne le fera jamais ressortir. En réalité, il faut aller fouiller et fouiller encore, dans les options pour aboutir au livre. 

 

Amazon s’est pourtant défendu : d’abord, on voit des mamelons sur la couverture, et ça, c’est pas possible... Il s’agit effectivement d’une carte postale française, retrouvée dans les affaires de Nin après sa mort. Et Amazon ne peut rien faire, tant que l’on voit toujours les seins et mamelons de l’illustration.

 

 

 

L’éditeur s’en serait arraché les cheveux : « C’est impossible. Après tout, c’est de l’érotisme. [...] On m’avait dit qu’ils envisageaient de classer Erotica de Nin comme du contenu adulte, ce qui lui aurait donné moins de visibilité encore, comme Auletris. Cela n’a pas encore eu lieu, mais il y avait cette menace qui pendait. Notez que rien de pareil ne menace Fifty Shades of Grey, qui a fait beaucoup d’argent. »

 

Et les dinosaures en folie, alors ?

 

Ces nouveaux textes découverts par Herron étaient dans les archives de Gunther Stulhmann, agent littéraire d'Anaïs Nin, qui est décédé en 2002. La correspondance de Nin et plusieurs journaux publiés en avaient déjà fait état. « C’est du Nin pur », poursuit l’éditeur... qui a fini par obtenir gain de cause. Après différents articles dans la presse, il semble que les restrictions pesant sur le livre ont finalement été levées.

 

« Personnellement, je crois que les gens qui effectuent ce travail de censure moderne ignoraient qui était Anaïs Nin et qu’ils n’avaient aucune idée des implications de leur interdiction modérée de Auletris allait avoir. »

 

Après tout, quand on peut trouver des livres de littérature érotique mettant en scène des dinosaures, comment les choix sont-ils opérés, s’interroge-t-il ? « D’ailleurs, qu’en est-il de tous les livres qui restent dans le donjon ? Qu’en est-il des auteurs contraints d’apporter des changements importants à leurs œuvres pour les rendre consultables ? Qui les défendra ? Pour ma part, je pense qu’Amazon a besoin de repenser sa politique et disposer d’une équipe dédiée au catalogue, capable de prendre des déisions et pas sur des coups de tête. »

 

 

via Guardian, Anais Nin blog