Aurélie Filipetti : Et si la littérature nous sauvait d'Hadopi ?

Clément Solym - 22.12.2011

Edition - Société - culture - Hadopi - Aurélie Filippetti


C'est la dame de la Culture dans l'équipe de François Hollande, mais Aurélie Filipetti ne souhaite pas particulièrement évoquer un possible poste au ministère du même nom. D'ailleurs, Olivier Poivre d'Arvor, qui s'y voit comme pas permis, vient de publier livre qui ressemblerait fort à une lettre de motivation, sans le CV qui l'accompagne (Culture, État d'urgence, chez Tchou, mais nous y reviendrons). Ne parlons donc pas de ministère avec Aurélie, qui se livre dans un entretien accordé au Monde

 

Et si elle a été catapultée à ce poste par Hollande, c'est parce que, justement, son passif communiste n'entendait pas « de projet politique, sans projet culturel ». « La culture donne un sens à la vie. Moi ce qui m'a sauvée, c'est la littérature. Un prof de français  formidable qui nous faisait découvrir plein de choses. À nous qui étions des enfants d'immigrés italiens, polonais, maghrébins, elle faisait lire Georges Perec. » Et en guise d'adieu aux armes du lycée, Aurélie reçoit un Pleïade de Marguerite Yourcenar... Tout un symbole. 

 

Montrer et expliquer l'art

 

Parmi les pistes à explorer, sans encore parler de programme, elle explique le projet de faire suivre une classe par un artiste.  Un jumelage qui montrerait l'art, mais en expliquerait également la démarche. L'idée de Malraux que la simple présence de l'art suffise à en donner le goût a fait son temps : aujourd'hui, on montre, on explique... Un suivi assuré depuis les plus petites classes, jusqu'à l'université, « âge où l'on s'émancipe », et où l'accès à la culture reste primordial. De là l'idée du pack culturel qu'elle avait évoquée la semaine passée. 

 

« L'idée, c'est d'offrir un portail numérique aux étudiants qui leur donne accès à un catalogue très large d'oeuvres. Ce droit serait ouvert dès lors que les étudiants sont inscrits, au même titre que l'accès à la bibliothèque. » Et tandis que Sarkozy ne fait que ronds de jambe et autres manières pour séduire et courtiser le monde de la culture, en oubliant par exemple Antoine Gallimard à la Foire de Brives, la gauche répond donc aux besoins.

 

Supprimer Hadopi

 

Du pirate, à la caillera, il n'y aurait dans l'esprit du président qu'une nuance de vernis culturel, où les premiers partiraient de fait à l'assaut de la forteresse culture avec autre chose que des cocktails Molotov, en somme. Raison pour laquelle elle souhaite par exemple supprimer l'Hadopi.

 

« Ne nous trompons pas : le numérique est une aubaine, il va nous permettre de multipler les formes artistiques et leur consommation. Il faut sortir d'une vision malthusienne et mettre fin au modèle répressif. Pour le remplacer, nous mettrons à contribution les bénéficiaires de la chaîne numérique afin de collecter une somme qui servira à rémunérer les auteurs. » En clair : Google, FAI et développeurs de logiciels ou fabricants sont visés. Les internautes, en dernier. 

 

Et pour l'édition, même topo : « Nous réfléchissons à la possibilité de mettre à contribution les sociétés comme Amazon qui ne vendent qu'en ligne. Elles ne peuvent avoir le même traitement que des libraires ou des disquaires qui ont un fonds de commerce et supportent des charges beaucoup plus lourdes. » D'ailleurs, la position des socialistes sur la question de la TVA est nette : en cas de victoire, c'est le retour à 5,5 % pour le livre, contre les 7 % visés par le plan de rigueur Fillon II. 

 

Enfin, revenons tout de même sur le ministère, qui doit retrouver « une certaine cohérence sur le mécénat », pour que les partenariats publics-privés ne tournent pas au grand n'importe quoi.

 

On citera pour l'édifiant exemple le cas de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. La présence de cybervendeurs de livres numériques engendre des dérives, comme la commercialisation d'ebooks pornographiques. Tout cela est bien éloigné de la mission de valorisation du fonds patrimonial de l'établissement - mais découle d'accords passés entre l'établissement et ces partenaires commerciaux.