Aurélie Filippetti : des bibliothèques « les plus ouvertes possible »

Nicolas Gary - 24.03.2014

Edition - Bibliothèques - Aurélie Filippetti - bibliothèques publiques - Salon du livre de Paris


Autant l'édition attendait avec impatience les annonces autour du Plan librairies promis par le ministère de la Culture, autant l'intervention d'Aurélie Filippetti pour cette édition du Salon du livre de Paris aura laissé quelques doutes. S'il faut « se réjouir » de la mise en place des projets - aides à la reprises de librairies, médiateur du livre, etc. - cette année, c'est vers les bibliothèques que la ministre tourne son regard. 

 

 

Aurélie Filippetti - Salon du Livre 2014

Aurélie Filippetti - Salon du Livre 2014 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Déplorant « les polémiques regrettables de ces dernières semaines » qui ont frappé le secteur jeunesse et les bibliothèques, la ministre a réitéré ses voeux. 2014 sera l'année des bibliothèques, et il faut d'ores et déjà se féliciter du « maillage dense de ce réseau culture de proximité », souligne-t-elle. 50 millions de Français ont une bibliothèque près de chez eux : un fameux luxe. Mais qui doit répondre aux habitudes et usages du XXIe siècle, « notamment les horaires d'ouverture ».

 

« Nous avons eu des inquiétudes et nous en aurons », poursuit la ministre, ciblant les certaines communes tombées, au cours des élections municipales, « aux mains des extrêmes. Toute forme de censure ou de pression sur les fonds des bibliothèques est inacceptable ». « Du point de vue de la culture, la percée du Front National est inquiétante pour ces villes. Dans le passé, il y a toujours eu des attaques très graves de la politique culturelle, avec des coupes dans les subventions et des atteintes à la liberté de programmation dans les théâtres ou bibliothèques. Des interventions des élus FN, il y en a des exemples innombrables. » Surtout que 40 % du public qui profite de ces établissements a moins de 15 ans : pas question de vriller l'esprit des plus jeunes. 

 

Étudier les usages

 

Une étude a été entreprise, auprès de 340 établissements, pour établir un état des lieux des activités, et dès que possible, ce dernier sera rendu public. Ses premiers résultats démontrent déjà la très forte implication des bib' dans le temps scolaire, et leur capacité à prendre un positionnement favorable pour tous les lecteurs de tout âge. 

 

La ministre annonce également que des moyens supplémentaires seront apportés aux DRAC : les établissements porteurs de projets innovants seront en mesure de les solliciter. Et plus spécifique, elle appelle l'ensemble de la chaîne du livre et les pouvoirs publics à « mettre en avant le travail réalisé autour de la littérature jeunesse ». D'ici à 2015 sera mis en chantier « une initiative ludique et festive », dont les bib seront « les partenaires privilégiés ». Bien entendu, l'interprofession est sollicitée pour ce projet. 

 

 

Aurélie Filippetti sur le stand du CNL - Salon du Livre 2014

Aurélie Filippetti sur le stand du CNL (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Pour regarder vers l'avenir, encore, la ministre rappelait que les établissements « peuvent évoluer », et qu'ils ont toujours su s'adapter aux nouveaux usages. Les attentes numériques et les nouvelles mutations du livre « ne les mettent pas en danger ». L'enjeu des bib n'est donc « pas dans le réseau, mais dans le service ». De nouvelles collections, y compris numériques, sont nécessaires, « pour répondre aux attentes de tous ». Il existe des établissements d'excellence, mais le bilan global est, sur ce point, encore mitigé, bien que 86 % des bib soient informatisées et que 73 % disposent d'un accès au net. 

 

En revanche, seuls 15 % possèdent un système de réservation à distance. « Même dans les établissements d'excellence, les lecteurs sont peu informés de l'existence des services numériques. » Et la commercialisation et l'acquisition d'ouvrages en numérique seront des questions cruciales. La médiation numérique sera l'un des grands enjeux.

 

À ce titre, la nouvelle directrice de la BPI, Christine Carrier, sera chargée de donner plus de poids, dans les négociations menées par le réseau Carel, qui se charge des achats pour les établissements. Le ministère, de son côté, doit proposer « un baromètre des usages aux acteurs, en suivant les évolutions ». Il s'agit d'examiner les utilisations, le comment et le pourquoi des comportements actuels. 

 

Accéder aux bibliothèques, et au livre

 

Or, le dernier point de toutes ces projections reste l'accessibilité aux établissements, afin que les bibliothèques « soient les plus ouvertes possible à tous les publics ». Des contraintes économiques évidentes s'imposent dans un élargissement des horaires d'ouvertures élargis, ou encore pour les personnes handicapées. S'il faut renforcer plus encore les services aux usagers, que le numérique offre des outils à certains publics, « il ne faut pas perdre de vue la citoyenneté », que l'on peut y véhiculer.

 

Fin 2014, un guide pratique à destination des collectivités locales proposera des solutions pour améliorer les conditions et les horaires d'ouverture. « Pas un vade-mecum », plutôt un ensemble de suggestions. La BPI et la BnF constitueront un groupe de travail, pour réfléchir à des mesures de coordination sur les horaires d'ouverture. L'enjeu reste l'adaptation à de multiples publics, et notamment rattraper l'important retard constaté pour les publics handicapés. 

 

En effet, afin de faciliter l'élargissement des horaires d'ouverture, « nous allons travailler pour que le fond de l'État permettant aux collectivités d'investir dans les bibliothèques puisse être augmenté, le cas échéant, afin de mettre en place des horaires élargis. Ce sera surtout un travail avec les élus, mais il est important que l'État puisse soutenir, au début, dans le cadre d'un projet global », souligne la ministre.

 

Le CNL, de son côté, va réorienter une enveloppe d'un million € vers les personnes empêchées de lire, qu'elles soient handicapées, mais également en prison. « Le livre est un outil de réinsertion pour les détenus », mais dans tous les cas, rien ne sera imposé aux collectivités. « Depuis 31 ans, la lecture publique est partagée entre l'État et elles ». 

 

Notons, enfin que le 80e Congrès mondial des bibliothèques se déroulera à Lyon, avec l'ensemble des acteurs concernés. La France peut s'enorgueillir par avance.