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Aurélie Filippetti encourage l'investissement créatif

Julien Helmlinger - 16.10.2013

Edition - Economie - Aurélie Filippetti - Culture - Investissement créatif


Tandis que l'Elysée reste en quête de leviers pour redresser l'économie, la ministre de la Culture et de la Communication oeuvre de concert avec Pierre Moscovici pour matérialiser l'impact des investissements culturels sur l'économie. Interrogée la semaine dernière par des journalistes de La Tribune, Aurélie Filippetti estime que le pays a des atouts à faire valoir dans le secteur des industries culturelles. C'est pourquoi elle préconise la création d'un modèle pour assurer la bonne coopération entre les sphères publique et privée.

 

 

 Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication

ActuaLitté, CC BY-SA 2.0

 

 

Pour Aurélie Filippetti, la culture serait un moyen pour la France de se différencier à l'échelle de la mondialisation, un « avantage comparatif » qui permettrait au pays « d'acquérir une excellence, des savoir-faire, un rayonnement international et une attractivité, au sens touristique et en termes d'image ». Elle affirme que les investissements culturels seraient en outre générateurs de retombées économiques bien plus importantes que ce qu'ils coûtent, évoquant des dizaines d'exemples, et seraient de surcroît créateurs d'emplois.

 

La ministre précise : « La culture est sous-estimée dans son apport à l'économie globale. C'est pourquoi je mets l'accent sur ce formidable levier de développement. En période de crise, où l'on doit justifier les investissements publics, je souhaite montrer que la culture ne se résume pas à des subventions qui tombent comme une manne pour des activités de divertissement, mais qu'il s'agit d'un investissement qui rapporte. »

 

Modéliser cet impact économique

 

Aurélie Filippetti rappelle qu'avec Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des finances, elle a confié une mission à l'Inspection générale des affaires culturelles et à l'Inspection générale des Finances « afin d'évaluer le poids de la culture dans l'économie, au sens large », et dont les conclusions devraient être compilées d'ici novembre.

 

Des externalités positives, au bénéfice parfois mal perçu, que la rue de Valois entend en conséquence valoriser. Comme elle l'annonce il s'agira notamment de « mettre en avant l'importance de la culture dans la construction de l'identité européenne mais aussi dans le positionnement de l'Europe dans l'économie globale ». Elle évoque l'exemple des Etats-Unis, qui ont gagné une influence considérable à l'international en exportant en masse les fruits de son industrie du divertissement. « Ce sont des enjeux stratégiques, économiques et de souveraineté majeurs », soutient Filippetti.

 

Revirement dans le soutien à la culture

 

Interrogée quant à savoir si la baisse des subventions à la consommation au bénéfice de l'investissement était symptomatique d'un changement de philosophie, la ministre admet le manque d'efficience de ces premières mesures. Elle ajoute : « C'est cela, finalement, le succès de l'exception culturelle française : des modes de financement astucieux de la culture, plutôt que des subventions pures, avec des mécanismes fiscaux, des comptes de soutien, s'appuyant sur l'idée qu'il faut faire financer en amont la production par ceux qui diffusent les œuvres. »

 

Des priorités vont donc devoir être redéfinies, annonce Filippetti. Outre une possible réforme du crédit d'impôt jeux vidéo, et une éventuelle amélioration du crédit d'impôt cinéma international afin d'attirer davantage de tournages, elle évoque notamment la mise en place d'une future contribution sur les terminaux connectés qui serait toujours à l'ordre du jour en 2014. Selon elle « cela fait partie de la modernisation des outils de financement. Une taxe à un taux très faible avec une assiette large serait relativement indolore pour le consommateur ».

 

Ajoutant : « J'ai aussi dégagé 20 millions d'euros pour l'Ifcic, l'Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles, qui permettra de mettre en place un dispositif d'aide par la BPI, avec un effet multiplicateur de cinq, soit 100 millions d'euros de garanties et d'avances, afin d'aider les petites entreprises des industries créatives, qui souffrent souvent de problèmes structurels de trésorerie. » 

 

Des mesures en faveur des entreprises

 

La ministre estime que la loi dite « loi Aillagon », sauvée par son ministère et dont on fête les dix ans cette année, « est la loi la plus avantageuse au monde pour stimuler le mécénat ». Si elle soutient qu'il existe à l'heure actuelle un réel écosystème culturel qui met en jeu des financements, elle suggère qu'il faudra aller encore plus loin.

 

Il s'agira selon elle d'améliorer notamment le fonctionnement pour les PME, de rédiger une charte visant à clarifier les règles s'appliquant au mécénat de compétences, et développer celui des particuliers qui resterait méconnu, ou encore le crowdfunding.

 

(via LaTribune)