Austérité : la bibliothèque d'Alexandrie, détruite par des coupes budgétaires

Antoine Oury - 16.10.2013

Edition - Bibliothèques - Alexandrie - bibliothèque - incendie


L'information ferait sourire si elle ne rappelait pas la situation des bibliothèques publiques dans certains pays occidentaux : si la légende veut que la grande bibliothèque d'Alexandrie ait été réduite en cendres par les armées romaines de Jules César, avant que les Turcs ne finissent le boulot quelques années plus tard, il semblerait que l'établissement ait plutôt péri... sous les coups des réductions budgétaires.

 


Main reading hall in the new Alexandria library

Principale salle de lecture de l'actuelle bibliothèque d'Alexandrie (David Lisbona, CC BY 2.0)

 

 

L'établissement, grandiose, a été construit par le général Ptolémée, qui avait reçu le territoire après la mort d'Alexandre le Grand, et avait toutes les caractéristiques d'un grand chantier visant à faire rayonner l'influence hellénistique. Un immense chantier s'ouvre entre 288 et 283 av. J-C, pour aboutir sur un bâtiment destiné à accueillir, à terme, 500.000 volumes.

 

L'objectif était également d'attirer les chercheurs et les hommes de pensée de toute l'Antiquité, et une centaine d'entre eux firent vite de la ville leur lieu de vie au quotidien, afin d'être au plus près de ces trésors littéraires. À l'époque, rappelle le site iO9, le lieu était ouvert à tous, même si l'entrée se faisait évidemment selon les critères de castes de l'époque.

 

En -47, la bibliothèque est gravement endommagée par une bataille qui se déroule dans le port d'Alexandrie : Jules César détruit la flotte de son ennemi Ptolémée XIII, mais l'incendie se propage jusqu'à une aile de l'établissement, provoquant la destruction de quelque 40.000 rouleaux. Reconstruite, la bibliothèque est à nouveau endommagée en 272 après J-C, lors d'une bataille entre l'empereur romain Aurélien et la reine de Palmyre, Zénobie. Des conflits religieux auraient également causé des dommages à la vénérable institution...

 

Ensuite, on attribue généralement la destruction complète de la bibliothèque tantôt à la conquête arabe, à la fin du Ier siècle, ou à des tsunamis dévastateurs. Le chercheur en histoire des bibliothèques Heather Phillips étaye une autre hypothèse : 

Bien que l'hypothèse d'un événement cataclysmique explique facilement la disparition de la grande bibliothèque d'Alexandrie... En réalité, le budget de la grande bibliothèque a subi des hauts et des bas similaires à celle de la ville d'Alexandrie. Sa chute a plutôt été progressive, souvent de causes bureaucratiques, et par rapport à notre imaginaire contemporain, assez pathétique.

D'après elle, la disparition progressive des budgets alloués à l'importation de documents provenant des quatre coins du monde, mais aussi l'exclusion par Aurélien des chercheurs étrangers, aurait largement contribué, plus que les flammes, à la disparition de la grande bibliothèque.

 

De plus, le fonds de la librairie n'était plus que le reflet de la grandiose époque de Ptolémée : les bureaucrates judéo-chrétiens avaient pris la place des spécialistes et philosophes grecs, et les collections s'en trouvaient largement diminuées, attirant de moins en moins de chercheurs.

 

Finalement, les restes de ces collections auraient été brûlés en 642 sur ordre du calife Omar, pour alimenter... les bains publics de la ville. 

 

La décadence, certes, mais les pieds au chaud.